Finnair, de la période post-soviétique à la période post-russe

Finnair est entrée dans une période de turbulences avec la guerre en Ukraine, qui non seulement la prive de l'énorme marché russe mais aussi du survol d'un territoire essentiel dans la stratégie du hub d'Helsinki entre Europe et Asie. Javier Roig, Directeur Europe du Sud, explique comment la compagnie compte s'en sortir dans ce nouveau contexte.
Finnair sur l'aéroport d' Helsinki (Photo: LC)

La compagnie nationale finlandaise Finnair a grandi et prospéré à l’ombre de son grand voisin oriental. Elle a ainsi profité de ce qui fut l’ère post-soviétique à partir de 1991. Une ère d’ouverture au monde extérieur pour la Russie, se traduisant notamment par le développement du marché des voyages et l’augmentation du niveau de vie des Russes. En 2019, on comptait ainsi 45,33 millions de citoyens russes partis à l’étranger.

Un marché juteux donc, et où l’aéroport d’Helsinki servait de plaque-tournante pour le reste du monde. Avant la crise sanitaire, Finnair desservait la Russie par huit vols quotidiens. Soit quatre vols par jour sur Moscou et quatre autres sur Saint Petersbourg. S’y ajoutaient également jusqu’en 2018 plusieurs fréquences hebdomadaires sur Ekaterinbourg. La compagnie avait aussi lancé quatre vols hebdomadaires vers la capitale biélorusse Mink. « Toutes ces lignes sont désormais suspendues jusqu’à fin octobre. La Russie représentait 15% de notre trafic en Europe« , explique Javier Roig, Directeur Europe Sud de Finnair.

Vivre sans l’espace aérien russe

Mais surtout, c’était la possibilité de survoler l’espace aérien russe qui donnait toute sa valeur au hub d’Helsinki. Depuis une décennie, l’aéroport avait conquis une position privilégiée en Europe pour la desserte de l’Asie. Une période qui semble bien révolue avec les conséquences de la guerre russe en Ukraine, qui se traduit par la suspension du trafic aérien entre l’UE et la Russie.

On serait presque très content d’opérer aujourd’hui avec uniquement la seule contrainte du Covid tant la situation est difficile

« Tous nos vols quittant Helsinki en direction de l’Est entraient presque immédiatement dans l’espace aérien russe. La fermeture de cet espace aérien aux compagnies étrangères est un vrai choc pour notre compagnie. On serait presque très content d’opérer aujourd’hui avec uniquement la seule contrainte du Covid tant la situation est difficile« , décrit Javier Roig.

A la période post-soviétique succède désormais pour Finnair une période qu’on peut qualifier de « post-russe ». Et elle pourrait durer longtemps, très longtemps. Elle oblige le transporteur finlandais à redéfinir totalement son modèle de croissance.

« Nous avons été très agiles dès la mise en place de l’interdiction de survol du territoire russe. On a suspendu une semaine l’ensemble de nos vols pour analyser ce que nous devions faire. Nous avons décidé de reprendre une partie de nos destinations en Asie avec une nouvelle route aérienne sud via la Pologne, la Turquie, le Turkmenistan, le Kazakhstan ou le Kyrgyztan pour rejoindre la Corée, le Japon ou Shanghai. Ce qui néanmoins prolonge nos vols de 3 à 4 heures. Outre la consommation supplémentaire de pétrole, cela nous empêche d’effectuer un aller-retour avec le même appareil en 24 heures« , raconte Javier Roig.

Parcours de la ligne Helsinki-Séoul par le sud (Photo: carte FlightRadar24)

« Il est vrai que notre force est dans notre réseau asiatique. C’est pour cela que nous poursuivons nos vols vers Séoul, Shanghaï et Tokyo. Le fret aide à équilibrer les comptes de ces lignes. Et nous continuons de desservir l’Inde, la Thaïlande et Singapour, dont les durées de trajet sont un peu moins affectées par le détour via cette route du sud », explique encore le Directeur de Finnair. « De façon surprenante, la demande sur l’Asie est revenue malgré ces inconvénients« , ajoute-t-il.

Cet été, Finnair dessert ainsi six destinations vers l’Asie. Elle a du mettre entre parenthèse la reprise de lignes vers le reste du Japon (Fukuoka, Nagoya, Osaka et Tokyo Haneda) tout comme le lancement de la ligne sur Busan en Corée. En revanche, elle a inauguré le 5 avril trois vols hebdomadaires sur Mumbai. Les horaires tels que définis s’appliqueront jusqu’à la fin octobre. « On n’ajustera pas de semaine en semaine nos horaires selon les nouvelles. Sauf bien sûr réouverture totale de l’espace aérien russe…« , précise encore Javier Roig.

Expansion hors de l’Asie

Dans sa conquête de nouveaux marchés, Finnair se tourne cet été vers l’Ouest – plus spécifiquement les Etats-Unis. Il s’agit notamment d’optimiser l’utilisation de la flotte long-courrier. Finnair vient ainsi d’ouvrir pour la première fois une ligne Helsinki-Dallas qui sera suivie par Helsinki-Seattle le 1er juin. « C’est un marché où le yield est très bas en raison d’une forte concurrence. Mais nous n’avons pas beaucoup d’alternatives pour le moment. On étudie beaucoup néanmoins d’autres destinations en Asie. Comme par exemple Kuala Lumpur. On se réinvente, littéralement. Comme par exemple avec quelques vols long-courrier au départ de Stockholm« , souligne Javier Roig.

Sur l’Europe, l’été apportera son lot de destinations soleil mais aussi un renforcement des vols sur les principales capitales européennes. « On se posera jusqu’à cinq fois par jour sur Paris CDG et aussi sur Nice. On a également au moins deux vols quotidiens sur Bruxelles et Genève. J’aimerais beaucoup retrouver également une ligne sur Lyon, mais avec des horaires mieux adaptés aux passagers français« , indique encore le Directeur de Finnair.

L’agilité stratégique de la compagnie est aussi son positionnement vers un marché premium. Notamment d’affaires. « Malgré cet environnement très défavorable, Finnair n’a pas renoncé à la modernisation de son produit de bord – notamment long-courrier. Nous venons de lancer notre Premium Economy et venons de moderniser également notre classe affaires. On a un fauteuil révolutionnaire que nous lançons sur Helsinki-Singapour en mai. Il offre plus d’espace individuel, un véritable lit avec matelas. Plus d’innombrables détails tels qu’un chargeur sans fil pour téléphone portable, plusieurs prises USB et un grand écran vidéo« , décrit Javier Roig.