Interview : Barbara Dalibard, Pdg de SITA

Passeport digitalisé, aéroport automatisé, avion connecté : autant de sujets sur lesquels travaille SITA, spécialiste des nouvelles technologies dans le secteur aérien. Barbara Dalibard, Pdg de SITA, décrit les grands axes de travail de l'entreprise, et imagine ce que sera le voyage en avion de demain à l'occasion des 30 ans du magazine Voyages d'Affaires.

Barbara Dalibard SITA
Barbara Dalibard, Pdg de SITA

A quel horizon la biométrie sera-t-elle norme dans l’aérien ? Cela peut-il se traduire par une digitalisation du passeport ?

Barbara Dalibard – Le nombre d’équipements biométriques dans les aéroports a pratiquement doublé en un an. Aujourd’hui, cette technologie est présente dans 44 % des plateformes. La technologie est maintenant mature. La question concerne désormais la vitesse d’implémentation, les budgets nécessaires, et bien sûr la gestion de la donnée du passager. SITA est l’un des membres fondateurs de la Fondation Sovrin, qui en utilisant des technologies basée sur la blockchain, souhaite permettre à chaque individu de décider quelles données il va partager avec quel acteur. Nous travaillons sur une charte d’éthique autour de la donnée passager et de la biométrie, car c’est un sujet crucial. Je pense qu’un jour, et c’est déjà techniquement possible, on pourrait intégrer le passeport sur mobile, en faire la télécommande de la mobilité.

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Comment imaginez-vous l’aéroport du futur ?

Barbara Dalibard – Les nouvelles infrastructures pourront intégrer d’emblée toutes les améliorations technologiques, comme c’est le cas pour le Terminal 4 de Changi ou dans les hubs du Moyen-Orient. Quant aux aéroports existants, on ne peut pas tout transformer d’un coup. Le trafic aérien devrait continuer à croître au niveau mondial, même si la croissance ne sera probablement pas au niveau de ce qui était prévu, et il y a déjà une forte congestion dans les aéroports. Il s’agit donc d’utiliser les nouvelles technologies pour fluidifier le parcours, mais aussi pour décentraliser certaines actions. On pourrait par exemple confier ses bagages à proximité du domicile, et les retrouver directement à destination comme c’est le cas au Japon pour les passagers du Shinkansen. Il y a beaucoup de travail en vue de décharger l’utilisation de l’espace, qui est contraint en aéroport. Il y a une évolution qui fait débat entre les aéroports et les compagnies aériennes. L’aéroport se voit de plus en plus comme un endroit où “profiter de la vie”, tandis que les compagnies veulent une infrastructure extrêmement efficace. Il y a une certaine tension, pour définir le bon modèle entre bien-être et efficacité. Quoi qu’il en soit, les aéroports vont se transformer. Selon une étude, une minute de libérée dans le parcours aéroportuaire correspondrait à 0,70 dollars de dépenses supplémentaires. Donc moins le passager doit faire la queue, plus il va dépenser, ce qui évidemment est positif pour le modèle économique de l’aéroport.

on ne se dirige pas vers un aéroport vide

Quelle place restera-t-il pour l’humain dans l’aéroport de demain ?

Barbara Dalibard – Le transfert de moyens en aéroport doit aussi avoir lieu pour mieux accueillir les voyageurs de demain. Plus les grands voyageurs sont autonomes au fil de leur parcours, plus ils sont satisfaits. Il s’agit donc de leur donner le pouvoir de gérer leurs déplacements au sein de l’aéroport, qu’il s’agisse des déposes bagages ou des contrôles de police. Mais on ne se dirige pas vers un aéroport vide ! Avec le vieillissement de la population en Europe, certains voyageurs auront besoin d’accompagnement, de soutien. Ça a été la logique des responsables du nouveau Terminal 4 à Changi : automatiser le parcours de certains passagers permet de passer plus de temps avec ceux qui en ont besoin, de leur apporter un service de qualité.

Barbara Dalibard
« Nous travaillons sur l’avion connecté, notamment pour donner au pilote les moyens d’optimiser sa route, d’éviter les turbulences et de consommer moins de carburant », explique Barbara Dalibard, Pdg de SITA

Le champ d’action de SITA ne se limite pas au sol : sur quels dossier travaillez-vous en termes de connectivité à bord des appareils ?

Barbara Dalibard – Cette connectivité est même notre cœur de métier. A bord des appareils, notre mission nous concerne à la fois la cabine, avec par exemple le sujet du WiFi à bord, et le cockpit. Nous travaillons sur l’avion connecté, notamment pour donner au pilote les moyens d’optimiser sa route, d’éviter les turbulences et de consommer moins de carburant. Nous travaillons aussi sur la communication avec le contrôle aérien. Il s’agit par exemple, dans un contexte de congestion des aéroports, d’envoyer en temps réel à l’avion les informations nécessaires. Le pilote peut ainsi anticiper, réduire sa vitesse pour atterrir directement plutôt que de devoir tourner pendant 20 minutes autour de l’aéroport, ce qui émet du CO2. Il faire en sorte d’envoyer les bonnes informations au bon moment, dans l’intérêt de tous.

Le taxi volant : pourquoi pas ?

Hyperloop, taxis volants : quel regard portez- vous sur les nouvelles mobilités attendues à plus ou moins long terme ?

Barbara Dalibard – J’ai travaillé sur le sujet de l’Hyperloop dans mes anciennes fonctions [en tant que directrice générale de SNCF Voyages, ndlr]. Il y a deux problèmes : les accélérations et décélérations très fortes peuvent être surmontées si l’on transporte des colis, mais les voyageurs devront avoir le cœur bien accroché ! Il y a aussi la question de la sécurité, des systèmes de signalisation. Que se passe-t-il s’il y a un incident avec la cellule précédente ? Comment s’arrête-t-on à une telle vitesse de 1000 km/h ? Je ne dis pas que ce n’est pas gérable, mais il me semble qu’aujourd’hui la technologie est un peu loin de traiter ces sujets correctement du point de vue de la sécurité. Sur l’avion électrique, il peut effectivement y avoir des drones qui transportent des voyageurs, des taxis volants… On voit des prototypes d’appareils électriques de deux, trois voire quatre personnes, ce qui n’existait pas il y a cinq ans. Le sujet concerne toujours le poids de la batterie. Mais on arrivera sans doute à surmonter les obstacles. La technologie avance, on va faire des progrès. Le taxi volant : pourquoi pas ?