Interview : Didier Le Calvez (Ré-Management & Heloise’s Choice)

Ancien directeur général du Four Seasons Hotel George V, du Bristol et des hôtels La Réserve, Didier Le Calvez est aujourd’hui à la tête de trois entités au service de l’hôtellerie de luxe. Ce professionnel chevronné pose son regard sur la crise sanitaire actuelle et les conditions de la reprise.

Didier Le Calvez,une figure de l'hôtellerie de luxe internationale.

Comment envisagez-vous une possible sortie de la crise actuelle ?

D. L. C – Cette crise est inédite pour tout le monde. On entend des scénarios catastrophiques, n’entrevoyant pas de reprise avant deux ou trois ans. Pour ma part, je reste posé. C’est à coup sûr une crise très sérieuse pour l’hôtellerie, mais toute crise a une fin. Je pense qu’on va pouvoir rouvrir les hôtels avant l’été, sans doute dans des conditions très spéciales. Le personnel accueillera avec des masques des clients eux-mêmes masqués. Pour nous, Latins, il est important de se serrer la main et on s’est souvent moqué des Asiatiques. Mais, depuis le SRAS, ils ont pris l’habitude pour se protéger et protéger les autres et cette culture différente montre ce qui pourrait changer demain. D’autant que c’est une façon efficace de se prémunir d’autres virus qui pourraient apparaître dans le futur.

L’impact de la crise sanitaire sur l’hôtellerie sera-t-il aussi important à Paris qu’en province ?

D. L. C – Avec une clientèle à 80% internationale et des marchés clés en difficulté comme les Etats-Unis et le Royaume-Uni, l’activité hôtelière à Paris sera difficile au moins jusqu’en septembre. Alors que la Chine est en train de sortir de la crise, la clientèle chinoise pourrait d’ailleurs aider l’hôtellerie parisienne à repartir à l’automne. En revanche, les régions plus préservées face au virus à l’image de l’arc Atlantique – les Charentes, l’Aquitaine – devraient réussir à maintenir un filet d’activité avec une reprise avant l’été et une activité allant crescendo en juillet-août. Les Français ne vont pas prendre l’avion pour aller découvrir le Brésil et se reporteront sur des destinations domestiques. Si on ne voit pas encore de nouvelles réservations, ce qui est positif, c’est qu’on ne voit pas non plus d’annulations massives pour cet été. Les gens attendent de voir.

C’est à coup sûr une crise très sérieuse pour l’hôtellerie, mais toute crise a une fin.

A quel horizon les hôteliers pourraient-ils selon vous espérer entrevoir un retour à la normale ?

D. L. C – Tout le monde est devenu spécialiste de virologie des dernières semaines… Deux scénarios sont possibles : si les mesures de confinement paient, ce ne sera pas la Bérézina. Admettons qu’une médication efficace est trouvée, alors on peut même être optimiste. La reprise pourrait être solide s’il y a un début de solution de traitement. Sinon, cela peut être beaucoup plus ennuyeux et il faudra attendre au moins 18 mois et l’apparition d’un éventuel vaccin avant un vrai retour à la normale.