Hugues Marchessaux (Air Austral) : « notre dynamique est très positive »

L'Ile de la Réunion continue de générer des flux de voyageurs d'affaires et de loisirs importants sur la Métropole. Ce qui profite à Air Austral, qui continue d'enregistrer une bonne progression de son trafic en 2025, comme l'explique Hugues Marchessaux, CEO de la compagnie réunionnaise. 
Hubert Marchessaux, CEO, et Claire Tabakian, COO, Air Austral (Photo: Luc Citrinot)

Comment se comporte le marché Réunion–Métropole cette année ?

Hugues Marchessaux – La Réunion reste une très belle destination et on le constate dans la dynamique du trafic. C’est un marché qui n’est pas plus difficile qu’avant, mais il est devenu en revanche plus compétitif. On y trouve quatre compagnies concurrentes, ce qui en fait l’une des lignes les plus compétitives au monde. Je dois dire que tous ces transporteurs – incluant Air Austral – se sont bien comportés cette année. Probablement parce que l’été 2024 avait été marqué par un léger recul dû à l’effet Jeux Olympiques à Paris. Beaucoup de voyageurs habituels avaient alors préféré éviter la capitale. Néanmoins, le trafic est bien reparti à la hausse. Nous avons même enregistré des taux de remplissage records, autour de 86–87 % sur certaines périodes. La ligne Réunion–Paris reste d’ailleurs la troisième ligne long-courrier la plus fréquentée au départ de Paris, juste après New York et Montréal.

Dans un contexte mondial incertain, diriez-vous que La Réunion reste une valeur refuge ?

Hugues Marchessaux – Absolument. C’est une destination stable, attractive et sûre. Même si la conjoncture internationale reste fragile, La Réunion continue d’attirer et de fidéliser. C’est ce que nous constatons auprès de nos partenaires : malgré une certaine morosité ambiante, l’île reste bien une valeur touristique sûre ainsi qu’un important marché d’affaires pour l’Hexagone. Et notre dynamique commerciale est très positive.

Qu’en est-il de Mayotte ? Le marché a-t-il retrouvé de la stabilité ?

Hugues Marchessaux – Mayotte reste un marché complexe, mais qui a néanmoins retrouvé sa dynamique. Après les difficultés liées au terrible cyclone Chido de décembre 2024, nous avons observé un redressement progressif. Le trafic s’est maintenu au printemps et durant l’été 2025. Nous opérons désormais jusqu’à neuf fréquences hebdomadaires vers l’Ile entre Réunion et Mayotte. Avec des taux de remplissage très bons.

Le tourisme pur reste encore limité, principalement en raison des problèmes de sécurité et de reconstruction des infrastructures qui freinent une partie des visiteurs. En revanche, le trafic affinitaire et d’affaires reste fort, notamment entre Mayotte, La Réunion et l’Hexagone.

Les Mahorais se plaignent souvent de tarifs élevés pour se rendre en métropole ou à La Réunion. Tentez-vous d’y remédier?

Hugues Marchessaux – Nous en sommes conscients. Cependant, plusieurs facteurs structurels expliquent ces tarifs : le coût des infrastructures et du carburant, deux fois plus cher à Mayotte qu’à La Réunion. Ainsi qu’une taille plus réduite des avions, et donc un coût au passager plus élevé. On a des avions d’une capacité d’environ 260 sièges, contre quelque 430 sur l’axe Réunion–Paris. Nous faisons cependant des efforts : les tarifs d’appel n’ont pas augmenté depuis plusieurs années et nous avons mis en place des tarifs aidants pour les patients mahorais devant se rendre à La Réunion, ainsi que pour leurs familles accompagnantes.

Quels sont vos projets de développement de réseau ?

Hugues Marchessaux – Notre stratégie est claire : renforcer la connectivité dans l’océan Indien et au-delà. Nous voulons faciliter les liaisons entre les îles, mais aussi vers de grands hubs permettant des correspondances. Notre stratégie s’appuie ainsi sur la desserte de trois importantes plateformes dans le monde : Paris, pour l’Europe ; Bangkok pour l’Asie et Johannesburg pour l’Afrique. Pour cette dernière destination, nous avons signé un nouvel accord avec le transporteur sud-africain Airlink pour des correspondances régionales. Nous voulons également nous renforcer vers Bangkok. Dans un avenir proche, nous devrions passer progressivement à 4 vols hebdomadaires.

Vous venez de signer un accord avec le transporteur allemand Condor. Quelles en sont les perspectives ?

Hugues Marchessaux – L’accord avec Condor est une étape importante pour Air Austral dans le cadre de la diversification de nos marchés. Nous visons de fait le marché allemand, très sensible à la nature et aux paysages. La Réunion a ici un vrai atout : une nature spectaculaire, différente de Maurice, plus axée sur la plage. L’accord prévoit un acheminement des passagers allemands depuis Francfort jusqu’à Maurice, puis une connexion vers La Réunion. Si le succès est au rendez-vous, d’autres opérations – voire un vol direct depuis l’Allemagne – pourraient suivre.

Côté flotte, quelles évolutions à venir ?

Hugues Marchessaux – Nous allons remplacer nos avions les plus anciens d’ici un à deux ans par des appareils plus modernes, offrant également plus de capacités. À l’horizon 2027, cela nous permettra d’améliorer la fiabilité et le confort de notre produit long-courrier.

Quelques nouveautés pour l’expérience client ?

Hugues Marchessaux – Nous venons de lancer la carte d’embarquement digitale. Début 2026, nous dévoilerons notre nouveau programme de fidélité MyCapricorn. Il sera plus simple et plus flexible, avec la possibilité de cumuler et d’utiliser des points sur tous les services Air Austral. Et pas seulement sur les trajets aériens. Il intégrera aussi un système cash + points, beaucoup plus pratique pour nos voyageurs réguliers.