Interview : Jean-Baptiste Martini, Air Corsica

Avec l’horaire d’été 2018, Air Corsica augmente la fréquence de ses vols sur les lignes internationales, en particulier vers la Belgique et vers Londres. Jean-Baptiste Martini, Directeur Commercial et Marketing de la compagnie explique à Voyages d’Affaires la stratégie du transporteur.

Air Corsica
Jean Baptiste Martini, Directeur Commercial et Marketing, Air Corsica

Qu’est ce qui a changé pour Air Corsica au cours des dernières années ?

Jean-Baptiste Martini – La concurrence avec les compagnies dites low cost nous a forcé à repenser notre modèle, à sortir de notre zone de confort de compagnie classique par son offre tarifaire. Cela n’a pas été facile de repenser le modèle. On s’y est réellement attelé avec le soutien de la collectivité territoriale de Corse, notre actionnaire. Nous avons décidé d’offrir une politique attractive de prix mais, contrairement à d’autres, nous voulons aussi donner au consommateur l’image d’une compagnie sur laquelle il peut compter. Nous proposons des tarifs d’appel, mais pour un client voyageant en dernière minute, nous nous engageons à ne pas dépasser un certain niveau de prix. Nous pratiquons des tarifs « très bas » et du tarif « normal » afin que nos passagers n’aient pas de mauvaise surprise, y compris les hommes d’affaires. Ce n’est pas tout : le bagage est inclus dans notre prestation et nous offrons également un service de boissons à bord.

La compagnie tire-t-elle déjà les bénéfices de cette politique ?

J.-B. M. – Absolument. Malgré la concurrence, nous reprenons des parts de marché par exemple sur Lyon, où nous avons fortement augmenté nos fréquences. Nous avons une part de marché de plus de 50% entre la Corse et Lyon par exemple. Nos capacités ont également augmenté sur Toulouse, Nantes et Bordeaux. Nous songeons d’ailleurs sérieusement à annualiser notre présence sur l’axe Corse-Bordeaux en raison d’un fort courant d’affaires. En revanche, la concurrence est trop forte sur l’Est de la France comme sur Lille, que nous desservons de fait depuis Bruxelles-Charleroi.

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« Nous réfléchissons à une desserte aérienne possible entre Ajaccio et Bastia » : Jean Baptiste Martini,
Directeur Commercial et Marketing d’Air Corsica

La desserte de l’Europe rentre-t-elle aussi dans cette révolution Air Corsica ?

J.-B. M. – Nous avons initié la démarche de dépasser l’Hexagone depuis déjà quatre ans, et la Belgique représente un marché essentiel, d’autant que la Corse y bénéficie d’une excellente notoriété. Nous avions débuté sur Liège et finalement, notre choix s’est porté sur Bruxelles Sud-Charleroi. Nous bénéficions du soutien de l’aéroport dans nos efforts marketing. Les voyageurs belges répondent présents et nous sommes en train de monter en puissance. Nous offrons désormais un vol presque toute l’année –sauf de janvier à mars – et en 2019 nous devrions annualiser cette ligne. Pendant la saison d’été, nous montons jusqu’à 12 vols par semaine sur Ajaccio, Bastia et Calvi. Nous atteignons d’ailleurs des taux de remplissage supérieurs à 80%, voire même 90% certains mois. Là encore, nous offrons le bagage gratuit mais aussi la possibilité de changer son billet gratuitement dans la même classe tarifaire. Nous espérons connaître une évolution similaire sur Londres, notre nouvelle destination en Europe.

Pourquoi ce choix de Londres ?

J.-B. M. – Nous avons étudié 40 aéroports à travers toute l’Europe, et Londres offre les meilleures perspectives en raison de son poids économique et de sa population, au délà de l’effet Brexit. Nous offrons deux à quatre vols par semaine vers Londres Stansted selon les mois depuis Ajaccio, Bastia et Figari. Nous travaillons avec Atout France et l’Agence Régionale de Tourisme Corse pour faire la promotion de notre île, en offrant 64 000 sièges pour cette première saison. Nous voulons susciter en Grande-Bretagne de nouveaux réflexes loisirs vers notre île. Nous comptons également attirer des Corses qui souhaiteraient se rendre à Londres, mais il faut être réaliste : plus de 80% de notre trafic provient en fait de non-résidents.

faire de la Corse un carrefour aérien à l’échelle régionale

Songez-vous à d’autres destinations en Europe ?

J.-B. M. – Nous étudions la possibilité de nous lancer vers Genève qui, à priori, serait la troisième destination offrant le plus de potentiel pour nous. Là aussi, la notoriété de la Corse en Suisse Romande permettrait de monter rapidement en puissance. Il y a aussi une volonté de la Collectivité Territoriale de relier la Corse à d’autres destinations du pourtour méditerranéen. Il faut attendre, mais il y a l’ambition de faire de la Corse un carrefour aérien à l’échelle régionale. Tout comme nous réfléchissons à une desserte aérienne entre Ajaccio et Bastia. Il faut entre 3h30 et 4 heures pour aller d’une ville à l’autre, et une liaison aérienne assurerait fiabilité et rapidité, notamment pour les hommes d’affaires.