
Malgré les tensions au Moyen-Orient, la hausse des coûts du carburant et les perturbations du trafic aérien, Emirates entend poursuivre sa stratégie de développement à long terme. C’est ce qu’a confirmé le président de la compagnie Emirates, à l’occasion de Routes World 2026, organisé à Francfort du 21 au 23 octobre. Routes World permet aux compagnies aériennes de rencontrer les aéroports souvent accompagnés des offices de tourisme afin d’évaluer les possibilités de développement et d’ouvertures de lignes aériennes.
Interrogé durant une session, Tim Clark a défendu la solidité du modèle Emirates et sa confiance dans la reprise du marché. Selon lui, les crises successives ne remettent pas fondamentalement en cause les perspectives du transport aérien.
Elles constituent plutôt des « épisodes » ou les péripéties d’un cycle auquel les compagnies doivent apprendre à s’adapter. Fort de plusieurs décennies d’expérience -ainsi que de plusieurs crises entre guerre du Golfe au Koweit, crises des subprimes ou encore COVID, le dirigeant estime que la demande finit toujours par repartir, une fois les perturbations passées.
Tim Clark a indiqué qu’Emirates opère actuellement à environ 91 % de sa capacité antérieure au conflit avec l’Iran. Malgré les difficultés opérationnelles et l’augmentation des dépenses de carburant, les recettes enregistrées sur une semaine récente ont dépassé celles de la même période en 2025, année record pour la compagnie. « Sans la charge inhérente au carburant, nous aurions déjà dépassé nos résultats de l’année dernière », a résumé Tim Clark.
Dubaï reste un hub stratégique malgré les turbulences
Durant l’interview, le Président d’Emirates a réaffirmé son attachement au modèle de hub mondial de Dubaï. La position géographique de l’émirat, entre l’Europe, l’Asie, l’Afrique et l’Océanie, constitue pour lui un avantage structurel indéniable face aux besoins des passagers -en particulier d’affaires- demandeurs de lignes intercontinentales.
Le modèle d’Emirates de combiner des flux de passagers entre des villes ne disposant pas nécessairement d’un potentiel suffisant pour justifier des liaisons directes, est plus que jamais viable. Avec en plus une efficacité dans le traitement du passager en transit, qui permet à Dubaï de rester une plateforme efficace.
Sur le long terme, l’Afrique, l’Amérique du Sud et l’Asie représentent des axes de croissance importants. Les villes secondaires de Chine et d’Inde offrent notamment des possibilités de développement. La livraison d’Airbus A350 et de futurs Boeing 787 doivent permettre à Emirates de desservir des marchés où la demande ne justifie pas nécessairement l’utilisation de très gros-porteurs.
Tim Clark reste par ailleurs convaincu de la solidité du voyage d’affaires, contrairement aux prévisions annonçant son déclin structurel après la pandémie. Il voit également dans l’intelligence artificielle un moyen d’améliorer l’efficacité des fonctions administratives et d’optimiser l’exploitation des systèmes de la compagnie.
Néanmoins, Tim Clark reconnaît volontiers que les tensions régionales imposent une vigilance permanente. Depuis sa création en 1985, en pleine guerre entre l’Iran et l’Irak, Emirates a dû intégrer les risques géopolitiques à son organisation. La compagnie a renforcé ses procédures opérationnelles, notamment grâce à son centre de contrôle, capable de repositionner des appareils, de modifier les plans de vol et d’ajouter des réserves de carburant pour permettre des déroutements si nécessaire.
La priorité reste la sécurité des passagers et des avions, même lorsque ces mesures alourdissent les coûts. « Nous avons agi aussi efficacement que possible lors des débuts de la guerre Iran/ Etats-Unis. On a assuré des solutions d’hébergement prolongé et garanti un retour des voyageurs vers leur domicile, y compris en les faisant voyager sur des compagnies concurrentes. Ce que nous faisons toujours en cas de perturbation, afin de convaincre une clientèle susceptible de renoncer à ses déplacements« , explique-t-il.
Une flotte sous pression, mais des ambitions intactes
L’incertitude de la situation géopolitique est un élément de réévaluation de la stratégie. Mais également, le renouvellement de la flotte demeure l’un des principaux défis de la compagnie. Les retards de livraison des Boeing 777X compliquent la planification de la croissance. Tim Clark refuse de prendre livraison de premiers appareils, qui, en quelque sorte, « essuieraient les plâtres. « Je préfére attendre des avions construits selon les procédures de production et de contrôle qualité révisées de Boeing« , ajoute-t-il.
La disponibilité des Airbus A380 constitue également un enjeu. Sept appareils ont été immobilisés en raison de problèmes liés à la maintenance des moteurs, avec des délais d’intervention pouvant atteindre 85 jours. Emirates entend néanmoins conserver le superjumbo jusqu’au début des années 2040, tout en poursuivant la modernisation des cabines, le développement de la classe Premium Economy et l’amélioration de la connectivité à bord.
Pragmatisme et flexibilité face à la conjoncture, deux ingrédients qui, pour le moment, pérennisent le succès d’Emirates.




















