Le transport aérien français en « eaux troubles » avec l’alourdissement de la fiscalité

L'année 2025 et plus encore 2026 pourraient plonger le transport aérien français dans la tourmente selon l'Union des Aéroports Français. Certains aéroports régionaux pourraient même se déclarer en faillite...
UAF Résultats aéroports de France 2024
Nicolas Paulissen, délégué général, et Thomas Juin, président de l'UAF lors de la conférence de presse annuel des aéroports français (Photo: LC)

« On voudrait tuer le transport aérien français, on ne s’y prendrait pas autrement« . Le constat est amer et sans appel pour Thomas Juin, directeur de l’aéroport de La Rochelle mais avant tout Président de l’Union des Aéroports Français (UAF).

L’alourdissement de la fiscalité en 2025 combiné au désistement accéléré de l’Etat dans ses charges régaliennes (assurer la sécurité intérieure et l’ordre public dans les aéroports) mettent le transport aérien français en péril. En particulier pour les aéroports régionaux de moins d’un million de passagers.

Cette tendance se reflète déjà dans les résultats des aéroports français en 2024. Lors de la présentation annuelle des résultats passagers en France, l’UAP constate un affaissement de la croissance. « On ne pensait pas que la période post-Covid se traduirait par autant de difficultés pour les aéroports français« , admet Nicolas Paulissen, délégué général de l’UAF.

Décélération marquée de la croissance en 2024

L’an dernier, la croissance générale des aéroports français a été de 3,6% par rapport à 2023. Soit 205,76 millions de passagers, un niveau comparable à 2018. Soit également des chiffres toujours inférieurs de 4% à ceux de 2019… La décélération de la croissance est évidente d’une année à l’autre. En 2023, le trafic avait cru de 14,2%, soit près de 25 millions de passagers commerciaux supplémentaires. L’an dernier, l’augmentation du trafic a généré un apport de 7 millions de passagers supplémentaires.

Parts de marché entre Paris et les régions (Graphique: UAF)

Selon l’UAF, la France décroche déjà par rapport au reste de l’Union européenne puisque le trafic des 27 a dépassé de 1,8% le niveau de 2019. Avec certes des différences. Allemagne, Autriche, Suède et Finlande alignent toujours des résultats inférieurs de plus de 15% à 2019. Tandis qu’Espagne, Grèce, Italie, Pologne et Portugal caracolent avec des hausses à deux chiffres. « Ce sont des pays qui favorisent de fait le transport aérien et comprennent son enjeu sur les économies locales et le tourisme« , souligne Thomas Juin.

Le domestique à la peine

L’interdiction de certaines lignes domestiques – un cas unique en Europe selon le Président de l’UAF – et l’alourdissement de la fiscalité pèsent particulièrement sur le développement de l’aérien dans les territoires. Le trafic domestique a chuté de nouveau de 5% en 2024 comparé à 2023. Un quart du nombre total de passagers a ainsi disparu depuis 2019. « Le départ d’Air France des lignes domestiques de point-à-point devrait peser négativement sur l’évolution future des lignes intérieures« , prédisent les dirigeants de l’UAF.

Evolution du trafic aérien en régions entre 2019 et 2024 (Graphique: UAF)

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2024, seuls 26% des aéroports métropolitains ont dépassé leur niveau de trafic de 2019. Et 26% se situaient dans une fourchette entre 90% et 100% de leur trafic d’avant-Covid. Certains grands aéroports régionaux ont du mal à retrouver leur niveau d’avant la pandémie. C’est le cas de Bordeaux, Lille, Lyon et Toulouse, dont les résultats 2024 sont entre 10% et 19% en-dessous des chiffres de 2019.

Pour les petits aéroports avec un trafic de moins d’un million de passagers, seuls Calvi, Figari, Tarbes/Lourdes, La Rochelle, Perpignan, Béziers et Nîmes affichent des résultats supérieurs à 2019. En revanche, Rennes, Toulon, Pau, Clermont-Ferrand et Metz/Nancy s’enfoncent avec des résultats inférieurs d’au moins 40% à la fréquentation passagers de l’avant-Covid.

Fiscalité mortifère

Les perspectives 2025 ne sont guère optimistes selon l’UAF. Avant même que le relèvement de la fiscalité (Taxe de « solidarité » TSBA et du Tarif de Sûreté et de Sécurité T2S), l’UAF estimait que cette année ne permettrait toujours pas de dépasser les résultats de 2019 sur l’ensemble des aéroports français.

« Les programmes d’été des compagnies aériennes sont fixés depuis longtemps. L’impact de ces augmentations pourrait néanmoins se faire fortement ressentir avec les programmes d’hiver et tout au long de 2026. Le trafic aérien en France risque de décrocher. On entend déjà de nombreuses compagnies aériennes low-cost dire que la France est hostile au transport aérien« , décrit Thomas Juin.

Quelles sont concrètement les conséquences ? Le recul du trafic sur de nombreux aéroports – notamment les aéroports dits « de proximité » (100 000 à un million de passagers) -, est probable avec l’arrêt de nombreuses lignes aériennes. Ce qui pèsera sur l’attrait des territoires pour les milieux économiques et aussi pour le tourisme. Avec des revenus moindres pour les régions.

« Avec l’alourdissement fiscal, il est probable que certains groupes de voyageurs choisiront d’autres pays ou favoriseront les aéroports chez nos voisins« , souligne Nicolas Paulissen.

Exemple de ce à quoi pourrait ressembler le futur de l’aérien en France. A Luxembourg, l’aéroport a l’an passé connu une croissance de 7,2% par rapport à 2023 et de 17,9% par rapport à 2019 avec 5,2 millions de passagers. Dans une interview avec le quotidien luxembourgeois L’Essentiel, Alexander Flassak, CEO de lux-Airport, indiquait que « de plus en plus de passagers viennent de plus en plus loin, en particulier de France et d’Allemagne ». Bizarrement, les deux pays qui taxent le plus leur trafic aérien…