
Où se situe le voyage d’affaires sur le chemin du retour à la normale ?
Laurent Lassure – La reprise est là, on commence à atteindre des chiffres proches de 2019, mais il y a beaucoup de nouvelles façons de travailler qui se sont développées avec le télétravail notamment. C’est aussi une question d’habitude. A mon sens, la pandémie a montré qu’il était possible de travailler à distance, pas dans tous les secteurs bien sûr, mais pour beaucoup de salariés c’est possible. Certains poursuivent donc sur cette voie, d’autres font marche arrière, notamment pour les interactions sociales. La difficulté consiste à trouver la position du curseur parce qu’il n’y a pas une règle qui marche pour tout le monde.
L’avènement de la visio au détriment du voyage d’affaires peut constituer une bonne nouvelle pour la planète, moins pour un acteur comme Cegid Notilus…
Laurent Lassure – Il y a effectivement moins de voyages, avec les implications que vous pointez en termes de RSE. Il y a peut-être aussi de meilleurs voyages, plus intelligents, plus efficaces. Cela va inciter beaucoup de fournisseurs à étudier comment améliorer leur offre, que ce soit une TMC ou un éditeur comme Cegid Notilus. Forcément, si le nombre de déplacements baisse, le chiffre d’affaires aussi. Mais c’est aussi l’occasion de se repenser, d’étudier peut-être d’autres sujets à adresser autour du bilan carbone par exemple, en proposant une valeur ajoutée par rapport à d’autres outils. Cela peut aussi passer par le fait de suggérer à un utilisateur si son déplacement est pertinent ou non en fonction de différents critères. Il y a également la montée en puissance de l’intelligence artificielle qui va permettre d’étudier et de faciliter de nombreux aspects, que ce soit de la réservation, du calcul de frais pour Notilus. Les habitudes de comportements peuvent aussi être concernées, avec in fine la possibilité de donner une estimation quant à la pertinence d’un déplacement. Je pense que les éditeurs ont donc l’occasion de se repenser véritablement, parce que les habitudes changent, que la technologie évolue aussi, et cela peut nous permettre de proposer beaucoup d’autres choses que ce que l’on faisait jusqu’ici, à savoir encadrer le voyageur.
Où en est-on du Mobility management ? L’année 2024 verra-t-elle ce modèle monter en puissance ?
Laurent Lassure – A mon sens, ça devrait effectivement évoluer, même si en France on est souvent frileux ! On a donc plutôt tendance à observer ce qui se passe ailleurs avant d’éventuellement se laisser convaincre. C’est d’ailleurs la même chose pour le MICE.
Comment envisagez-vous 2024 ? Quels seront selon vous les principaux défis à relever ?
Laurent Lassure – Il y a plusieurs sujets observés en 2023 qui se maintiendront en 2024. Il y a eu un ralentissement de la croissance mondiale, l’inflation constatée l’an dernier se calme a priori, ça va se stabiliser. Ce qui fait que les contraintes liées aux surcoûts sur le voyage d’affaires vont commencer à s’effacer un peu, les gens vont reprendre leurs déplacements. IATA l’a confirmé avec son bilan 2023 et ses prévisions exponentielles pour les années à venir. C’est un peu surprenant dans le sens où les entreprises se lancent de plus en plus sur la RSE, sur la décarbonation. Il semble un peu contradictoire de tabler sur un nombre de voyageurs multiplié par deux d’ici quelques années quand on veut émettre deux fois moins de carbone… Certains facteurs vont aider en partie : Boeing et Airbus travaillent sur des avions plus efficaces d’un point de vue environnemental. Mais pour autant il est moins question de remplacer la flotte actuelle que d’ajouter de nouveaux appareils. Il y a un écart entre ce qui est dit et ce qui ce qui est fait. Ca sera l’une des questions de 2024.
Le choix se réduit-il à payer plus pour voyager plus responsable ou voyager moins ?
Laurent Lassure – Le prix va forcément augmenter pour décarboner, ce qui va se reporter sur le voyageur, et donc sur l’entreprise. Cela va potentiellement inciter à réduire les voyages, ou a contrario à conserver ce même volume parce qu’il y aura toujours ce besoin de se déplacer, de se rencontrer. Et c’est là où le curseur RSE va intervenir. Les voyageurs eux-mêmes vont peut-être aussi mettre leur veto sur certains déplacements. Il y aura une question de valeurs de l’entreprise et du voyageur.
Cegid Notilus évoquait dans un livre blanc le « pourquoi voyager ». Quel peut être votre rôle dans la définition de ce « pourquoi voyager » ?
Laurent Lassure – Nous sommes moins dans la définition du « pourquoi voyager » que dans le « mieux voyager », dans le sens où l’on va accompagner le voyageur sur son déplacement, que ce soit à travers la préparation du voyage, en lien avec les agences, les OBT, pour faciliter les réservations… Le sujet était évoqué dernièrement durant un événement AFTM : passer 3h à réserver ses vacances peut être un plaisir, passer 10 min à réserver son voyage d’affaires, c’est une contrainte. On facilite la préparation d’un déplacement, notamment grâce à la dématérialisation, et on permet ainsi que le voyage se passe sereinement, non seulement pour le voyageur lui-même mais aussi pour l’approbateur, le comptable. On est donc moins sur le « pourquoi voyager » que sur le « comment décharger émotionnellement le voyageur ».
Comment juger le taux d’équipement des entreprises en termes d’outils de mesure des émissions au regard de leurs ambitions ?
Laurent Lassure – C’est tout le paradoxe : les sociétés se disent hyper-engagées sur la RSE, elles décarbonent, elles investissent, mais dans les faits elles ne sont pas forcément équipées. Elles ne savent pas vraiment par où commencer. Il y a des des postes de responsables RSE qui se créent, qui commencent à devenir de plus en plus importants dans de grands groupes. Mais dans des structures plus petites, elles ne savent pas trop par quel bout prendre cette problématique. Ca couvre beaucoup de choses.
Le contexte post-crise a-t-il poussé Cegid Notilus à revoir ses priorités, sa feuille de route ?
Laurent Lassure – Il n’y a pas vraiment eu de changement. Il y a bien sûr l’impact de l’IA générative : toutes les entreprises vont s’y mettre, mais nous n’avions pas attendu que cela se démocratise pour nous lancer. Simplement, l’investissement devrait être plus important sur 2024. De la même manière, concernant les démarches liées à la RSE, nous avions initié des démarches depuis quelque temps mais nous allons renforcer encore notre focus là-dessus.




















