
Accor : croissance dans un environnement mondial contrasté
« Une nouvelle fois ce semestre, et malgré les perturbations liées à la situation au Moyen Orient, les performances du Groupe affichent une croissance solide, a déclaré Sébastien Bazin, PDG de Accor. Sur le reste de l’année 2026, nous anticipons une poursuite de la croissance et continuons à exécuter notre feuille de route stratégique ». Le groupe hôtelier s’attend en effet à une croissance du revenu par chambre – du RevPAR – comprise entre 2% et 2,5%, en ligne avec ses résultats au premier trimestre où la progression a atteint les 2,2%.
Mais, bien sûr, cette hausse aurait été supérieure – elle atteint +4,6% hors Moyen-Orient – sans l’impact du conflit qui s’est surtout ressenti au second trimestre, en particulier pour ses hôtels luxe et lifestyle implantés au Moyen-Orient. Alors que la région regroupait 8% du portefeuille de chambres du groupe à fin décembre 2025 – pour 12% du volume d’affaires hébergement l’an dernier -, l’activité d’Accor aux Émirats Arabes Unis a subi une baisse de près de 80% au mois d’avril pour remonter à environ 40% au mois de juin.
En conséquence, cette chute brutale engendre un repli de -11,3% du RevPAR du segment lifestyle, quand sa progression hors Moyen-Orient atteint les 10,3%. Même constat, à un degré moindre, pour le luxe avec une croissance globale de 2,5%, mais de +9,1% hors Moyen-Orient. Tout cela aboutit à un revenu par chambre quasi stable au plan mondial (-0,2%) au second trimestre vs 2025, la croissance du RevPAR hors Moyen-Orient ayant été de +3,3%.
Dans ce cadre, les hôtels de la division Premium, Milieu de Gamme et Économique n’ont aussi enregistré qu’un RevPAR en légère hausse (+0,2%) dans la région Europe Afrique du Nord. La croissance du RevPAR à Paris a notamment ralenti, à la différence d’une accélération en province, tirée par la clientèle loisirs, tandis que l’Allemagne est en légère baisse sous l’effet d’un calendrier d’événements et de foires moins favorable. A l’inverse, l’Asie du Sud-Est comme la région Amériques ont été des moteurs de l’activité.
En ce qui concerne le développement, Accor a connu une croissance nette du réseau de 3,2% au cours des 12 derniers mois grâce à l’ouverture de 109 hôtels – pour près de 14 000 chambres – au premier semestre. En parallèle, le groupe dispose d’un pipeline de près de 1600 hôtels et plus de 268 000 chambres, avec une croissance du pipeline de 11,4% au premier semestre. Pour de nouveaux hôtels attendus qui génèreront environ 1 700 euros de redevance par chambre par an, contre environ 900 euros pour ceux sortant du réseau.
Cession d’Essendi et nouveaux partenariats
Hormis ces résultats, le premier semestre a été marqué par le récent accord de cession de la participation de Accor dans le propriétaire et exploitant hôtelier Essendi à un consortium formé de Blackstone et Colony IM pour un montant pouvant atteindre les 975 millions d’euros. Dans ce cadre, l’ensemble des hôtels du portefeuille de Essendi devrait rester sous marques Accor à travers de nouveaux contrats de franchise d’une durée moyenne de 20 ans. Ce qui parachève, selon Sébastien Bazin, « la transformation du groupe vers un modèle résolument asset light, simple, lisible et prévisible ».
En parallèle, la question ou non de l’entrée en bourse aux Etats-Unis d’Ennismore, la filiale d’Accor regroupant son hôtellerie lifestyle, devrait être tranchée « d’ici la fin du troisième trimestre », selon Sébastien Bazin, Accor devant quoi qu’il en soit garder le contrôle sur sa « machine à EBITDA ».
Enfin, le groupe est revenu à l’occasion de la présentation de ses résultats semestriels sur : les partenariats en matière de programme de fidélité. Ces derniers mois ont vu le renforcement de son alliance avec le groupe chinois H World, pour des avantages de fidélité croisés entre leurs programmes, en plus de la distribution de certains hôtels via leurs plateformes de réservation respectives en Chine, en Europe et au Moyen-Orient.
Autre partenariat renforcé, celui avec la compagnie aérienne leader en Inde, IndiGo, soutient la place d’Accor auprès des voyageurs indiens, tout en ouvrant des perspectives pour l’accélération du développement d’hôtels au sein du sous-continent. D’autres touchent plus directement les voyageurs d’affaires français et européens, permettant aux utilisateurs réguliers de Uber – et de Uber Eats – de se connecter à l’écosystème du programme ALL, et inversement, la réservation de VTC ou la commande de repas rapportant des points aux clients fidèles d’Accor.
Dernier en date, celui conclu avec American Express, les porteurs de cartes aux statuts Centurion et Platinum se voyant reconnus au sein du groupe Accor avec les statuts ALL Platinum ou Gold. Ce type de partenariats, qui coûtent au fond assez peu et rapportent beaucoup de nouveaux membres pour le programme Accor, en croissance de 15% à 20% par an, devrait encore être développé dans les prochains mois.
Air France-KLM fait preuve d’agilité dans une conjoncture incertaine
Malgré un contexte international marqué par les tensions géopolitiques et l’envolée des prix du carburant, Air France-KLM démontre sa résilience et sa capacité d’adaptation. Le groupe affiche un chiffre d’affaires de 9,3 milliards d’euros au deuxième trimestre, en hausse de près de 9,9%, avec une recette unitaire qui, elle aussi, s’affiche en hausse de 8,7%.
Cette bonne performance est à la fois portée par l’augmentation du nombre de passagers au second trimestre et par la « premiumisation » de la clientèle. Air France-KLM a ainsi accueilli 28,32 millions de voyageurs, soit une progression de 3,9% par rapport au second trimestre de 2025. Le taux de remplissage a très légèrement reculé, à -0,1 point pour s’établir à 87,7%.
La demande est portée par les cabines premium et les voyages long-courriers, Air France-KLM profitant visiblement des difficultés qu’ont rencontrées les compagnies du Moyen-Orient dans la tourmente du conflit Iran-USA. Air France a indiqué avoir mis en place des avions de plus grande capacité sur les axes Asie et Afrique de l’Est notamment. Les classes Affaires, Premium Economy et La Première enregistrent une forte demande, notamment sur les liaisons vers l’Asie et l’Amérique du Nord.
Le principal écueil financier est le carburant. La facture énergétique s’est alourdie de 804 millions d’euros par rapport à l’an dernier sous l’effet des crises géopolitiques. Grâce à une politique tarifaire souple, Air France-KLM a néanmoins réussi à compenser environ 85 % de cette hausse, bien au-delà des prévisions initiales mentionnant un taux de 60%.
Renouvellement de la flotte et croissance modérée des capacités
Le bénéfice opérationnel ajusté a atteint 484 millions d’euros, en recul par rapport à 2025, tandis que le groupe conserve une situation financière solide. Son cash-flow progresse à 928 millions d’euros et ses liquidités dépassent 10 milliards d’euros, offrant une marge de manœuvre confortable pour poursuivre ses investissements.
Parmi les priorités figure le renouvellement de la flotte. Les appareils de nouvelle génération représentent désormais 38 % des avions exploités, réduisant à la fois la consommation de carburant et les émissions de CO₂ tout en améliorant le confort des passagers.
Pour 2026, Air France-KLM prévoit une croissance modérée de ses capacités. Le long-courrier devrait progresser de 2%, au lieu de 2% à 4% précédemment, tandis que le court/moyen-courrier devrait baisser de 1%, contre une stagnation initialement prévue. Néanmoins la low-cost Transavia devrait voir ses capacités progresser de 8%. Le groupe estime désormais sa facture carburant à 8,9 milliards de dollars sur l’ensemble de l’année. (L. Citrinot)
SNCF : un bénéfice net record malgré les aléas climatiques
Par-delà les tempêtes hivernales qui ont engendré deux fois plus de minutes perdues à fin février par rapport à 2025, comme les épisodes caniculaires qui ont généré une augmentation des trains supprimés ou des retards importants, et malgré un contexte économique morose, la SNCF a présenté un chiffre d’affaires en croissance de 2% au premier semestre 2026. Une performance « à nouveau satisfaisante, avec des résultats solides obtenus dans un contexte particulièrement difficile », a commenté Jean Castex, le PDG du groupe SNCF.
Comme souvent, ce sont les lignes longue distance qui tirent les résultats, SNCF Voyageurs ayant enregistré une hausse de fréquentation de 2,8 % sur ses TGV, avec plus de 83,4 millions de passagers transportés en France et en Europe sur le semestre. En parallèle, les lignes Transilien (+4,1 %) et TER (+2,3 %) affichent également une fréquentation en hausse. Concernant les contrats pour les Délégations de Service Public, le groupe s’est également félicité des trois appels d’offres remportés par SNCF Voyageurs au cours du premier semestre, portant à 11 sur 15 le nombre total de contrats remportés depuis 2021.
Faire face aux aléas climatiques
Côté qualité de service – un point de vigilance pour les entreprises qui organisent des déplacements professionnels -, la régularité des TGV s’établit à 83,9 % sur le semestre, celle des TER à 90,5 %, celle du Transilien à 88,3 % et celle des Intercités à seulement 70,5 %, ces deux dernières activités ayant particulièrement souffert des restrictions de circulation liées aux fortes chaleurs.
Face à la multiplication des épisodes extrêmes, la SNCF annonce d’ailleurs une accélération de ses investissements de régénération du réseau, avec un objectif de 3 à 4,5 milliards d’euros par an dès 2028. De nouveaux trains conçus pour résister à des températures allant jusqu’à 55°C seront progressivement déployés avec l’arrivée de nouveaux TGV INOUI – les très attendus TGV M – dès la rentrée, puis des rames Intercités Oxygène sur les lignes Paris-Clermont-Ferrand et Paris-Orléans-Limoges-Toulouse en 2027, avant de nouveaux Eurostar à partir de 2031. Le déploiement de capteurs intelligents devrait aussi renforcer la surveillance des équipements vulnérables et optimiser la maintenance préventive ou corrective.
En parallèle, le groupe a poursuivi ses investissements de régénération et de modernisation du réseau ferré avec 1,5 Md€ investis par SNCF Réseau sur le premier semestre, pour 390 km de voies et 160 km de caténaires renouvelés. Dans le cadre de ses 4,9 milliards d’investissements au premier semestre, 1,8 milliard a également été consacré au matériel roulant et 300 millions d’euros à la modernisation des gares.


















