Golfe : une reprise cruciale au statut de « hub » aérien mondial

Plus qu’ailleurs, la région du Golfe est dépendante de la réouverture des frontières, la prospérité des compagnies aériennes et des aéroports s’appuyant essentiellement sur un trafic en correspondance. Emirates, Etihad, Qatar Airways mais aussi Gulf Air et Oman Air sont dans les starting-blocks…

Abou Dhabi
L'aéroport d'Abou Dhabi

On broie du noir chez les compagnies du golfe depuis la crise du sanitaire, avec des flux aériens mondiaux quasiment à l’arrêt depuis trois mois. La région a en effet été particulièrement heurtée par la pandémie, le trafic étant essentiellement construit sur les passagers en transfert.

A Dubaï, premier aéroport par le trafic dans le Golfe, le nombre de passagers en transfert atteignait en 2018 plus de 63 % du trafic total de la plate-forme. Soit 53,5 millions de voyageurs sur un total de 89 millions. A Doha, ce chiffre tourne autour de 65%. Ce qui en 2019, aurait représenté plus de 25 millions de passagers sur un total de 38,5 millions. A Abu Dhabi, on atteint même 66% du total pour les passagers en transfert, l’émirat restant essentiellement – comme ses voisins à l’exception de Dubaï – une destination affaires. Alors que l’aéroport d’Abu Dhabi accueillait plus de 23 millions de passagers en 2019, seuls un peu plus de 2,8 millions de touristes étrangers étaient recensés dans les hôtels et hébergements de la capitale des Emirats Arabes Unis…

Tout ce juteux trafic a donc disparu avec la pandémie, d’autant que les différents Etats de la région sont allés jusqu’à bannir les passagers en transfert. Selon les analyses d’OAG sur le total de sièges offerts, le Moyen-Orient a atteint le creux de la vague durant la semaine du 25 avril dernier, où l’on ne recensait plus que 640 000 sièges – contre 4,9 millions en janvier 2020. Il est vrai que le trafic aérien est toujours suspendu au Koweït, à Oman, en Jordanie tandis que seuls les Bahreïnis sont autorisés à prendre un vol pour Bahreïn.

Depuis la mi-mai, on assiste pourtant à une lente reprise. Abu Dhabi et Dubaï autorisent déjà le transfert des passagers entre Londres et l’Australie – cependant sans mettre physiquement un pied dans les aérogares – et depuis le début du mois, les voyageurs sont de nouveau autorisés en transit sur les deux principales plates-formes aéroportuaires des EAU avec des protocoles de sécurité sanitaires renforcés. Outre les masques, gants, gels hydro-alcooliques ou encore la prise de température par thermoscanner à l’arrivée, une désinfection stricte est effectuée après chaque vol ainsi qu’en salle d’embarquement.

Des mesures ont été prises également par les compagnies aériennes. Emirates par exemple propose des tests Covid-19 sur ses appareils tandis qu’Etihad met en place des Ambassadeurs Bien-Être (« Wellness Ambassadors« ), chargés de guider les passagers utilisant la compagnie et l’aéroport d’Abu Dhabi. Ce personnel est déjà disponible pour répondre aux questions des voyageurs. Avec un retour à une certaine forme de normalité avec la réouverture de lignes, ces « ambassadeurs » seront également présents à bord des appareils d’Etihad et à l’aéroport d’Abu Dhabi.

Une nouvelle phase de réactivation est maintenant entrée en vigueur, les trois majors du golfe ayant déjà annoncé une reprise progressive de leurs vols. Selon OAG, 1,47 million de sièges étaient disponibles cette semaine au Moyen-Orient, soit une hausse de 127 % en juste une semaine. Selon les analystes, on devrait tourner début juillet autour de 2,5 millions de sièges par semaine. Cette reprise s’accélérera dès la seconde quinzaine de juin et devrait s’étaler jusqu’au 1er septembre. Etihad devrait ainsi de nouveau desservir 37 destinations au lieu d’une douzaine. La compagnie a déjà remis à la vente un vol quotidien entre Paris CDG et Abu Dhabi en Airbus A380 ainsi qu’un vol quotidien vers Bruxelles et vers Genève. Même chose pour Emirates qui prévoit de desservir 45 destinations à partir du 15 juin contre neuf actuellement. Sur la France, la compagnie proposera deux vols quotidiens sur Paris en A380 dès le 1er juillet puis reprendra ses vols sur Nice et Lyon le 1er août. Un troisième vol quotidien sera proposé dès le 1er septembre sur CDG-Dubaï. Le transporteur reprendra également en août ses fréquences sur Bruxelles et Genève.

Mais la palme de la reprise revient à Qatar Airways. Sur l’aéroport de Doha – où les opérations de la compagnie se sont poursuivies a minima pendant la crise – le trafic est reparti à la hausse depuis la mi-mai, permettant à Qatar Airways de se repositionner immédiatement comme LA compagnie globale de la région. Elle exploite des vols vers quarante villes dans le monde dont une quinzaine de destinations européennes – incluant Paris –, ainsi qu’en Asie du Sud Est, au Japon, en Corée et en Australie. Le transporteur annonce qu’il atterrira de nouveau dans 80 villes d’ici juillet, soit la moitié de son réseau pré-Covid.

Une victime cependant dans cette reprise : la compagnie a annoncé reporter ses vols sur la ligne Doha-Lyon, qui devait représenter un moment fort du transporteur en France pour cette année. La liaison, prévue à l’origine pour le 25 juin, a tout bonnement disparu du programme de planification de Qatar Airways. Sans annonce d’une nouvelle date à ce jour…