Interview : Xavier Bessard, Président de Balmoral International

Habitué à voyager près de 300 jours par an en Afrique, en Asie ou au Moyen-Orient, Xavier Bessard, Président de Balmoral International, témoigne de l’impact de la crise liée au Covid-19 sur un chef d'entreprise et grand voyageur, et confie ses incertitudes quant à l'avenir du voyage d'affaires.
Aéroport
A l'image de nombreux voyageurs d'affaires, Xavier Bessard, Président de Balmoral International, se demande à quel horizon il pourra arpenter à nouveaux les grands hubs mondiaux, et dans quelles conditions

En quoi consiste votre activité, et quelles sont ses zones géographiques ?

Xavier Bessard – Notre activité textile était très orientée sur l’Inde, dont nous importions des produits pour les distribuer en Europe. Nous avons réorienté cette activité en abandonnant le marché européen pour nous repositionner sur l’Afrique. Il y a aussi une activité conseil, ainsi que la production de produis de ménage au sens large, pour la maison, les hôpitaux, les hôtels, etc. Ce sont ces produits qui nous permettent de nos développer sur l’Europe, l’Afrique, le Moyen-Orient, le Pacifique, l’Océan Indien, et les Caraïbes. Nous couvrons donc beaucoup de marchés, sauf la zone Amériques.

Que représentait votre volume de déplacements avant la crise, et vers quelles destinations ?

Xavier Bessard – Je voyage entre 250 et 300 jours par an. Cela concerne l’Afrique, toute la partie Moyen-Orient incluant l’Irak et l’Iran, l’Inde, le Pakistan, la Guyane, La Réunion, l’Île Maurice, Madagascar, Mayotte, l’Australie, la Nouvelle Zélande, la Polynésie et la Nouvelle-Calédonie. Quand la crise sanitaire a débuté, nous étions dans une volonté d’expansion, nous nous intéressions à des zones dans lesquelles nous ne sommes pas présents mais que nous utilisions comme escale, comme Singapour ou le Japon. Je voyageais donc énormément, à la fois pour entretenir mon réseau de clients actuels, et pour développer la prospection.

Jusqu’à quelle date avez-vous voyagé ?

Xavier Bessard – J’ai pris mon dernier vol le 13 mars. Je voyais alors les frontières se fermer les unes après les autres. J’étais au Moyen-Orient, je devais me rendre à Koweit et au Qatar, mais il a fallu rentrer.

Aviez-vous le sentiment d’être exposé, en danger ?

Xavier Bessard – Pas vraiment, étant donné les pays que j’ai l’habitude de couvrir, comme l’Irak, l’Afghanistan… Le danger, je le sens donc assez peu. Il s’agissait moins d’une question de danger sanitaire que d’un risque d’être bloqué dans un pays pendant 14 jours voire plus, sans pouvoir travailler et être productif. C’est ce qui me gênait.

En tant que dirigeant d’entreprise et voyageur d’affaires, n’êtes-vous pas tiraillé entre la hâte de repartir à la conquête de nouveaux marchés, et la crainte d’être exposé ?

Xavier Bessard – Aujourd’hui, ce qui m’interroge, c’est de savoir quand nous pourrons voyager à nouveau, et surtout comment. Ce qui m’inquiète, c’est de pouvoir voyager à nouveau, d’être à nouveau aux côté de nos clients car nous avons des projets d’ouverture de production locale. Je ne sais pas non plus ce qu’il va advenir de mes visas longue durée pour des pays comme la Russie ou l’Inde, des visas pour la République Démocratique du Congo, la Côte d’Ivoire… Il faudrait déjà savoir quand les avions seront remis en route, et connaitre les modalités d’accès à l’étranger. Aujourd’hui, tout est bloqué, y compris les agences de voyages d’affaires, car effectuer des réservations pour les annuler deux semaines plus tard ne sert à rien.

Vous travaillez avec une agence de voyages d’affaires ?

Xavier Bessard – Nous sommes suivis historiquement par Travel Concept. Nous faisons très peu d’allers-retours simples, mais le plus souvent des déplacements circulaires, qui agrègent plusieurs pays, donc plusieurs compagnies aériennes. Au niveau tarifaire, et sur le plan de la construction du voyage, il vaut donc mieux passer par une agence de voyages, au moins en ce qui concerne l’aérien. Pour tout ce qui concerne l’hôtellerie nous traitons en direct, et le dossier des visas est sous-traité à un spécialiste. Avant la crise, il y avait la volonté de passer tout en direct en se passant des agences de voyages. Mais ce n’est pas possible, sauf dans le cas de voyages simples. C’est quasiment impossible avec notre typologie de déplacements. Cela supposerait de faire plusieurs dossiers différents, qui ne soient pas liés. Pour tout réunir dans le PNR, nous sommes quasiment obligés de passer par une agence.

La visioconférence s’est-elle imposée comme une alternative viable à plus ou moins long terme ?

Xavier Bessard – La visioconférence, c’est intéressant. Je l’ai encore utilisée ce matin, mais les gens ne sont pas sur le terrain, ils sont chez eux, et vous ne pouvez pas voir le produit, toucher la qualité de la fibre, négocier… Pendant un mois, cela a pu nous permetre d’avancer sur certains dossiers, mais aujourd’hui on est bloqués au niveau des négociations.

Comment envisagez-vous l’après-crise, en termes d’offre aérienne ?

Xavier Bessard – D’après es prévisions publiées par plusieurs compagnies aériennes comme le groupe Lufthansa, il faudra attendre septembre pour un retour à 25% si tout va bien, et plusieurs années pour retrouver le trafic de 2019. C’est une catastrophe. Pour nous, ça sera très problématique. Je ne sais pas comment nous pourront faire pour certaines zones, certains clients. Et je pense que les prix vont flamber. D’autant que l’impératif de distanciation sociale va contraindre les transporteurs à bloquer des sièges. Les compagnies vont se raréfier, certains transporteurs ne pourront pas continuer. Je regrette vraiment que cet épisode n’ait pas été l’occasion de créer avec l’Allemagne une véritable compagnie européenne.

Pensez-vous voyager autant qu’avant une fois la crise passée ?

Xavier Bessard – Je l’espère, mais je crains d’être assez utopiste. Pendant un ou deux ans, les déplacements seront beaucoup plus difficiles. Il y aura obligatoirement un avant et un après Covid-19, car c’est du jamais vu. Nous sommes bloqués, on ne peut quasiment pas voyager même en France.

Les précédentes épidémies (H1N1, SRAS) avaient-elles impacté vos déplacements ?

Xavier Bessard – Non, ces épisodes n’avaient absolument pas affecté nos déplacements, nous n’avions jamais été contraints d’annuler des voyages à cause de problèmes de ce genre. Je n’avais jamais été bloqué ainsi.

Psychologiquement, la situation doit donc être inédite pour un grand voyageur…

Xavier Bessard – Le problème, c’est surtout que l’on ne peut pas se projeter, se dire « je prends un billet d’avion pour le 1er juin, ou le 1er septembre, je prépare mes demandes de visas, etc.« . Il n’y a pas de réelle date de reprise, ce ne sont que des suppositions. C’est ça le problème.

Vous attendez-vous à un parcours en aéroport doté de nouveaux contrôles, comme des « Parafe sanitaires » ?

Xavier Bessard – C’est ce qui a été fait en mars dans une destination comme Singapour et ça n’a posé aucun problème. Reste à savoir comment c’est organisé. Il y a eu un réel problème en France, qui rappelait le nuage de Tchernobyl… Quand je voyageais à l’étranger au début de la crise, je voyais les pays devenir plus fermes, avec une véritable inspection du passeport, un formulaire à remplir, un contrôle de la température. Dès le mois de février dans des pays comme l’Île Maurice ou même Madagascar, il y avait une prise en charge des passagers arrivant sur leur territoire. A Roissy, mi-mars, tout le monde pouvait arriver sans aucun formulaire à remplir. Quoi qu’il en soit, le voyage aérien sera compliqué pendant longtemps.