Nouvelles ouvertures, nouveaux bars : interview de Solenne Devys (Okko)

Ouvertures à Lille, Nice et bientôt à La Défense, accent mis sur les bars et la restauration, état de la demande affaires : Solenne Devys, directrice générale adjointe de Okko Hotels, présente les dernières évolutions de son groupe.
Okkoèsolenne-devys
Solenne Ojea-Devys, directrice générale adjointe d’Okko Hotels

Vous venez d’ouvrir un hôtel à Lille, dans un des projets phares de la ville, le « 31 », rue de Béthune. Quels sont les atouts de ce nouvel établissement ?

Solenne Devys – L’opération est en effet particulière, puisqu’elle s’inscrit dans ce programme de transformation des anciennes Galeries Lafayette, opérées par Vinci Immobilier et Redevco sur la partie commerces. Sur ce site de 10 000 m2, vous trouvez aussi bien des grandes enseignes comme Decathlon et Citadium, un hôtel Okko de 120 chambres au design épuré et contemporain, un espace de coworking Wojo, mais aussi un food court opéré par Grand Scène avec une quinzaine de stands, ou encore une salle d’escalade et un club de gym. C’est vraiment l’idée de créer une destination en plein centre-ville, dans une grande zone de passage. Cette mixité d’usage est très intéressante, notamment pour les séminaires. On peut vendre aux entreprises à la fois un hébergement chez Okko, un journée d’études chez Wojo, un repas au food court Gand Scène et, pourquoi pas, une activité building à la salle d’escalade. Ca nous plaît beaucoup de travailler comme ça.

Concernant votre développement, l’ouverture de nouveaux hôtels pourrait-elle être freinée par la crise ?

S. D. – L’hôtellerie, malgré les difficultés actuelles du secteur, apparaît comme une valeur refuge aux yeux des investisseurs face au vent de panique sur le bureau. Aussi sommes-nous régulièrement sollicités. Parmi nos objectifs de développement, nous aimerions être à Marseille et Bordeaux, avoir un deuxième hôtel à Lyon, d’autres encore en région parisienne. On regarde aussi de près les villes secondaires, car nos hôtels à s’être montrés les plus résistants pendant la crise sont ceux de Bayonne et de Toulon. Ce ne sont pas des villes qui attirent en premier les hôteliers, mais dans ces zones à la fois business et loisirs, il y a une demande pour une hôtellerie de qualité. Enfin, nous ne cachons pas l’ambition de nous installer dans les grandes villes européennes.

Déjà, après Lille, un autre Okko est attendu à Nice au début de l’été, avant que la marque n’apparaisse en 2022 dans le quartier d’affaires de La Défense, à Paris. Pouvez-vous nous dévoiler les grandes lignes de cet hôtel niçois ?

S. D. – Déjà, son emplacement est très intéressant pour les voyageurs d’affaires, puisque l’hôtel est situé à moins de dix minutes à pied du terminal 2 de l’aéroport tout en étant relié au centre-ville en tramway. C’est un pari sur le devenir du quartier de l’Arenas, une zone d’affaires en fort développement. Au vu de cette situation business, l’hôtel propose évidemment des salles de réunion, au nombre de trois et hébergées au sein de notre Club (NDLR : l’espace de vie, commun à tous les hôtels de la chaîne, où se détendre, travailler, boire ou grignoter, le tout agrémenté d’un service de petit-déjeuner et d’un aperitivo offert en début de soirée). Au dernier étage, ce Club offre une belle vue sur les montagnes, et compte tenu de l’environnement de l’hôtel, accueille également un bar. Il était important de créer une ambiance spéciale pour des moments de convivialité autour de la gastronomie et de l’oenologie, car un client arrivant tard n’aura pas toujours la possibilité d’aller en centre-ville.

Okko-Nice-Arenas
Okko Nice.

Fil rouge de votre offre, l’aperitivo proposé de 18h30 à 20h, servi originellement en buffet, a sans doute dû évoluer avec la mise en place des gestes barrières ?

S. D. – En effet, le Covid a évidemment poussé à la mise en place d’un service à table, mais ce n’est pas la seule raison de cette évolution. Dans la mesure où l’aperitivo est une chose que nous offrons à nos clients – et nous sommes d’ailleurs les seuls à le faire -, nous avons pour volonté que ce moment soit festif et de qualité. Or, la perception du service buffet est moins qualitative. D’où ce service à table, et qui demande de nouvelles compétences à nos hôteliers. C’est-à-dire savoir préparer et dresser les assiettes, proposer des choix de vins et spiritueux qui peuvent accompagner ces assiettes apéritives. La relation au client évolue et c’est une nouvelle étape de notre développement de ce point de vue là.

Nos clientèles cibles, que ce soit le voyageur d’affaires en semaine ou celui en court séjour le week-end, exprimaient le souhait de pouvoir passer plus de temps au sein de nos Clubs autour d’une vraie offre de petite restauration.

Vous venez de parler des changements concernant l’aperitivo. Vous avez aussi évoqué la présence d’un bar à Nice, une nouveauté pour Okko. En quoi la pandémie a-t-elle poussé à faire évoluer votre offre ?

S. D. – La crise nous a amené à nous poser un certain nombre de questions, qui ont accéléré certaines évolutions, notamment sur la partie F&B de notre concept ((NDLR : F&B pour Food & Beverage, bar et restauration). Nos clientèles cibles, que ce soit le voyageur d’affaires en semaine ou celui en court séjour le week-end, exprimaient le souhait de pouvoir passer plus de temps au sein de nos Clubs autour d’une vraie offre de petite restauration. Aussi, pendant le premier confinement, nous avons travaillé là-dessus et créé une carte assez simple, de six plats maximum, avec des choses un peu bistrot, un peu twistées, par exemple des croque-monsieur ou de la burrata accompagnée d’un excellent pesto. Bien sûr, ce n’est pas de la cuisine étoilée, mais ce sont des propositions simples et sympa. Tout est fait sur place, avec des produits frais.

Cette demande est donc venue de vos clients ?

S. D. – Le concept d’Okko a toujours été axé sur la générosité avec un grand nombre de prestations offertes. On continue à le faire, mais on a réalisé, suite aux retours de nos clients, qu’ils souhaitaient, en plus de cela, avoir des choses complémentaires. Quitte à ce qu’elles soient payantes. D’où cette offre de restauration qui permet également au client de ne pas avoir à ressortir pour aller dîner et qui lui laisse plus de latitude pour profiter de notre Club toute la soirée. Parmi les nouveautés de ce genre, nous allons ouvrir en juillet un bar en rooftop à Toulon, vous trouverez un bar à Nice, tandis que notre futur hôtel à La Défense aura, lui, un vrai restaurant. C’est un énorme cap pour notre société que de se lancer totalement dans la restauration et le bar. Et on ne s’interdit pas de proposer d’autres types de services ou de produits à l’avenir. On a en tête de travailler sur des packages associant chambre premium, une bouteille de vin en chambre et une prestation au restaurant.

Car votre offre de chambres, jusqu’ici toutes identiques, va aussi évoluer ?

S. D. – Notre réflexion sur l’hébergement part d’un même constat. Alors qu’on estimait très important que tous nos clients aient accès à une même offre, ils se disent prêts à payer plus cher pour un chambre avec vue par exemple. Alors, hôtel par hôtel, on a identifié des chambres premium, plus grandes, ou avec vue, ou avec des spécificités architecturales. En parallèle, nous allons monter en gamme sur les équipements proposés en ajoutant des petits compléments à l’offre existante pour ces chambres là. Ceci afin de pouvoir les différencier des chambres standard. Nous sommes en train de finaliser cette offre produit.

Revenons à l’offre F&B de Okko avec d’un côté l’aperitivo offert à vos clients, et de l’autre de plus en plus souvent un bar. N’avez-vous pas peur que ces deux offres se chevauchent ?

S. D. – Au contraire, c’est quelque chose de très complémentaire. Déjà, avec d’un bar, nous faisons plaisir à notre clientèle hébergée qui nous à faire part de son souhait d’une plus grande animation dans nos établissements. En outre, cela leur permet d’inviter leurs contacts locaux, leurs collègues. Nous souhaitions également nous ouvrir un peu plus à la clientèle extérieure, sans pour autant avoir l’ambition de devenir le meilleur bar du quartier. Nous proposions déjà des pass donnant accès à nos Clubs, car ceux-ci se prêtent très bien à des rendez-vous de deux ou trois personnes, des entretiens d’embauche. Là, on a décidé d’accentuer cela afin de répondre de façon personnalisée aux demandes qui nous sont faites. Par exemple, celles de nos clients corporate qui veulent pouvoir organiser un format afterwork pour ponctuer une journée d’études par un moment convivial.

Okko-Lille-Club
Club du Okko Lille.

Vos Clubs se prêtent également au travail nomade. Avec la tendance au télétravail et au coworking qui sort renforcée de la pandémie, allez-vous aller plus loin en ce sens comme de nombreux hôteliers ?

S. D. – On a toujours eu des clients de passage qui ont identifié nos hôtels comme des lieux où venir travailler entre deux trains ou deux avions. Mais de là à devenir demain un hub pour les start-upers, je n’y crois pas énormément ! D’autant que certains acteurs font déjà ça très bien. Si, déjà, nos clubs sont davantage fréquentés en journée par des voyageurs en transit ou des professionnels qui viennent y tenir leur rendez-vous au clame, ça me parait déjà une belle évolution. Après, nous réfléchissons à des packs donnant avec accès au club et à la salle de sport pour les professionnels en télétravail qui voudraient passer un jour par semaine dans un cadre un sympa, en couplant le tout avec leur séance de sport.

Selon vous, toutes les tendances apparues avec la crise sont-elles là pour rester ?

S. D. – Ayons l’humilité de dire qu’on ne sait pas encore dans quel sens les choses vont tourner. Personne ne sait in fine quelle sera demain notre façon de voyager et de travailler. Il y aura sans doute des disparités en fonction de la taille de l’entreprise. On l’a vu, les multinationales n’ont pas réagi de la même façon à la crise que les PME françaises ou que les start-up. Chez Okko, on se laisse la possibilité d’explorer plein de pistes, de continuer à être attentifs aux tendances sociétales et de dégainer les bonnes solutions quand nous aurons un peu plus de convictions.

Concernant l’activité, ressentez-vous un frémissement de reprise du côté de la clientèle affaires ?

S. D. – Nous avons pu observer une énorme différence entre, d’un côté, le marché parisien et celui de la Côte d’Azur et le reste de la France de l’autre. En région, la clientèle corporate des PME a continué de se déplacer. Ce qui est extrêmement rassurant pour un groupe comme le nôtre, assez axé business et implanté dans des villes de taille secondaire. Là où on a une inquiétude, c’est sur la clientèle grands comptes, chez qui les consignes d’autoriser à nouveau les déplacements n’ont pas encore données, ou alors a minima. Est-ce que ça va repartir massivement en septembre ? On l’appelle évidemment de nos voeux. Mais sera-ce la réalité ? On verra bien. En revanche, on observe pour ces grands comptes une demande en train d’exploser pour les réunions et team buildings.

Les rencontres physiques ont donc toujours la cote ?

S. D. – Beaucoup d’entreprises, de managers, peuvent maintenant s’engager sur des réunions au delà d’une jauge de six personnes, soit avant l’été ou à la rentrée. Il y a vraiment quelque chose à jouer sur ce créneau-là. Depuis l’annonce des différentes étapes du déconfinement, nous avons énormément de demandes en ce sens. On sent bien ce souhait de se retrouver en équipe, de prendre le temps de partager en physique un moment de convivialité. Les atmosphères de travail ont été mises à rude épreuve et on ressent un fort besoin de rassembler les équipes dans un cadre sympathique.

En revanche, les déplacements internationaux semblent encore limités. Avec quelles conséquences pour le groupe Okko ?

S. D. – C’est un vrai gros manque pour nous. Nous sommes assez préoccupés en ce qui concerne le retour de la clientèle internationale, essentielle sur des zones comme Paris ou la Côte d’Azur. Ce retour, ne serait-ce que des voyageurs européens, ne semble pas pour aujourd’hui et n’est pas forcément pour demain non plus. Le passeport vaccinal, la réouverture des frontières et l’assouplissement des consignes vont-ils permettre ce retour ? C’est une grande question, tout autant d’ailleurs que le redémarrage des congrès.

Quel est votre sentiment sur cette composante majeure de l’activité MICE en France ?

S. D. – Avant même le covid, on avait le sentiment que le modèle des congrès était déjà en voie d’essoufflement, avec des retours de plus en plus négatifs de la part des participants comme des organisateurs. Ces derniers disent qu’il est difficile de gagner sa vie et de maintenir la fréquentation de leurs événements, tandis que les participants estiment que ça leur coûte cher en temps et en argent pour des contacts pas toujours très qualifiés au final. D’où une réduction du quota de personnes qui se déplacent, le « off » dépassant le « on » sur de très grands salons Le secteur du tourisme dans son ensemble doit mener une réflexion dans son ensemble pour rendre les salons « great again » et développer l’attractivité des villes. Quand les hôteliers, les organisateurs, les compagnies aériennes et ferroviaires, parfois même les restaurateurs, montent leurs prix année après année, il est sûr que la facture s’alourdit pour les exposants et les visiteurs. Cela questionne la destination, alors que la compétition entre villes de congrès se fait maintenant à l’échelle européenne.

Okko-Lille-Chambre
Chambre du Okko Lille. (c) Jérôme Galland