P. Rabadan (OTCP) : « Ce qui se joue en 2024 est un enjeu majeur pour les 15 prochaines années »

Jeux Olympiques, transports et accessibilité, tourisme d'affaires : Pierre Rabadan, président de Paris je t'aime, lie les enjeux de 2024 au futur du tourisme parisien.
Pierre Rabadan, président de Paris je t'aime et adjoint à la Mairie de Paris en charge des sports et des Jeux Olympiques et Paralympiques.
Pierre Rabadan, président de Paris je t'aime - office de tourisme et adjoint à la Mairie de Paris en charge des sports et des Jeux Olympiques et Paralympiques.

L’année 2024 est une année majeure pour Paris avec l’accueil des Jeux Olympiques et Paralympiques. Commençons par une inquiétude qui peut toucher les voyageurs d’affaires. Avec la venue de millions de spectateurs attendus, leur conseilleriez-vous d’éviter les réunions et rendez-vous à Paris, en particulier à la rentrée fin août-début septembre ?

Pierre Rabadan – La période sera évidemment très demandée avec l’accueil des Jeux Paralympiques. Pour autant, j’encourage tout le monde, que ce soit les congressistes, les organisateurs d’événements, les voyageurs d’affaires, à venir à Paris dans une ambiance de fête exceptionnelle. Un moment unique à vivre. D’autant que, si le plan de transports lors des Jeux Olympiques (JO) s’inscrit dans une période où l’activité professionnelle est ralentie, au cœur de l’été, celui prévu pour les Paralympiques est fondé sur un nombre moindre de spectateurs, de l’ordre de 4 millions contre plus de 11 millions pour les JO, en plus de l’affluence classique de la rentrée. Alors, faudra-t-il limiter les déplacements ? Ceux qui le peuvent sont encouragés à privilégier le télétravail sur la première semaine de la rentrée scolaire. Mais notre objectif est d’être en capacité d’accueillir autant les spectateurs que ceux qui reprennent leur quotidien ou que les touristes d’affaires. A ce titre, cette période bénéficiera, comme pour les Jeux olympiques, d’un renfort majeur de service, autant en matériel qu’en personnel.

Les transports, c’est à la fois un des grands atouts de la destination Paris, mais aussi une source d’ennuis potentiels. Tout peut très bien se passer pendant les Jeux, comme générer un bad buzz autour de la destination en cas de problème. Ce qui a notamment commencé avec l’annonce de la hausse du prix des billets de métro.

Pierre Rabadan – Je vous confirme avoir été étonné de cette hausse puisqu’on l’a apprise dans la presse, sachant qu’on est un des financeurs d’Ile-de-France Mobilités. Mais ne rentrons pas dans ce débat-là… Effectivement, Paris offre l’un des meilleurs maillages de transports en commun dans le monde. Le concept des Jeux qu’on a voulu développer s’appuie d’ailleurs dessus, en concentrant beaucoup d’épreuves dans le centre de Paris, hors des enceintes sportives traditionnelles. Ce qui nécessite un système fonctionnant de façon optimale. On s’est un peu inquiété ces derniers mois, le service n’étant pas toujours satisfaisant au quotidien. Mais on préfère s’inquiéter avant que pendant les Jeux. Je vois l’implication de tous les acteurs. C’est un travail de longue haleine, mais nous serons au rendez-vous. Et, surtout, j’espère que nos efforts vont permettre de stabiliser cette offre de transport sur la durée, bien au-delà des Jeux.

(c) Paris 2024 – Florian Hulleu

Avant d’en venir à l’effet JO sur la destination Paris, une question en lien entre les transports et les jeux paralympiques. Vont-ils se traduire par une accessibilité réellement renforcée aux lieux et transports ?

Pierre Rabadan – Dans une vieille ville comme Paris, c’est un défi important. On sait très bien que l’ensemble du métro parisien ne sera pas accessible. De nombreuses stations ont des structures anciennes qui rendent les travaux longs et difficiles. Mais toutes les nouvelles stations, notamment celles de la ligne 14, comme les rénovations amènent cette mise en accessibilité. En parallèle, la ville de Paris a investi 13 millions d’euros pour faire passer de 53% à 70% les arrêts de bus accessibles. Le nombre de taxis capables d’accueillir des PMR va lui aussi grandement augmenter. On se sert de cette opportunité pour avancer plus vite et avec plus d’efficacité sur l’accessibilité.

Vous avez récemment succédé à un professionnel du tourisme, Jean-François Rial, à la tête de Paris je t’aime – Office de Tourisme, sur proposition de la maire de Paris. Cela montre-t-il une implication forte de la ville dans son futur touristique ?

Pierre Rabadan – Si ce n’est une implication plus forte, c’est en tout cas la preuve d’une préoccupation majeure dans une année clé pour Paris et son tourisme. Il y a un lien indirect entre les enjeux de 2024 et l’impact positif que cet événement mondial pourrait avoir dans les années à venir, à la fois sur le tourisme classique mais aussi sur un tourisme d’affaires. A l’occasion des Jeux, Paris aura la capacité de démontrer son savoir-faire pour l’accueil des grands événements, mais aussi de mieux mettre en avant la diversité de ce que l’on peut faire et trouver à Paris. C’est tout ça à la fois qui a amené Jean-François Rial à me proposer de lui succéder, en accord avec Anne Hidalgo.

2024 sera à n’en pas douter une année faste pour la destination Paris. Quel nouveau message sur la ville les Jeux peuvent-ils porter alors que la capitale française est déjà plébiscitée par les touristes aussi bien loisirs qu’affaires ?

Pierre Rabadan – Celui d’une ville qui bouge, une ville qui se transforme en tenant compte des changements environnementaux nécessaires. Une ville qui veut continuer d’accueillir le monde. Elle le fera en 2024, mais elle veut continuer à le faire sur la durée. L’idée est de faire passer le message de cette évolution touristique que nous voulons apporter à Paris et au Grand Paris, en cultivant nos forces et en améliorant ce qui doit l’être. Voilà ce qui se joue en 2024, mais qui est un enjeu majeur pour les 15 prochaines années.

Quels sont justement ces points d’amélioration ?

Pierre Rabadan – Comme toutes les grandes destinations touristiques, la pandémie a marqué un coup d’arrêt important. Il nous faut réenclencher une nouvelle dynamique en ajoutant des axes d’amélioration pour la destination. C’est l’objectif du manifeste de l’hospitalité que l’office du tourisme a récemment produit et qui synthétise les pistes d’évolution. Les Jeux olympiques et paralympiques vont y participer, notamment en donnant un sérieux coup d’accélérateur à l’accessibilité, en ouvrant une nouvelle approche sur le plastique à usage unique. Nous voulons aussi proposer un meilleur parcours visiteur dès l’arrivée à la gare ou l’aéroport, une qualité d’accueil accrue dans les commerces, dans les hôtels. Tout ça est synthétisé dans ce manifeste afin de capitaliser sur ce qu’on sera capable de faire en 2024 et prolonger cela sur la durée.

Quels effets attendez-vous de la mise en place de ce manifeste ?

Pierre Rabadan – Il a été présenté aux adhérents de l’office de tourisme début décembre. Il faut donc d’abord qu’ils se l’approprient avant de mettre en place ce qu’il contient. Il y aura sans doute des difficultés d’adaptation, notamment pour les TPE-PME qui n’ont pas de capacités d’évolution aussi rapides que des très grands groupes. C’est tout ce qu’on va mesurer dans les prochains mois avec Corinne Ménégaux et ses équipes et au besoin donner les outils manquants. Je ne doute pas qu’on se heurtera parfois à certaines résistances. J’imagine que la sortie du plastique à usage unique qui se joue à l’échelle de toute la ville posera des problèmes opérationnels et logistiques. Il faut changer de culture, y compris à la Ville. J’en veux pour exemple la coupe du monde de rugby. La question s’est posée des goodies qu’on pouvait offrir au village installé sur la place de la Concorde. J’avais pensé à des petits ballons de rugby souvenir. Les référents en charge de la sortie de plastique à usage unique m’en ont dissuadé. En ligne avec notre volonté de développer les savoir-faire, nous avons trouvé un atelier local qui pouvait transformer en porte-clés de vieux ballons récupérés. Si je n’avais pas eu cet accompagnement, nous aurions eu des goodies traditionnels, avec tout cela comporte comme impact environnemental.

Ce qui conduit à aborder un autre aspect important de l’attractivité d’une destination aujourd’hui : sa durabilité. Paris fait partie des bonnes élèves en la matière à en croire le GDS-Index. Quels sont les axes d’amélioration sur lesquels la ville entend mettre l’accent ?

Pierre Rabadan – Avec l’office, on travaille sur un certain nombre de choses, la sortie du plastique, mais aussi la promotion des savoir-faire et des productions locales. Autant de choses nécessaires pour rester dans les villes performantes au GDS-Index. Nous avons tous les fondamentaux de l’attractivité touristique – un patrimoine très riche, un aspect culturel très développé -, mais il y a d’autres axes à améliorer pour que le développement du tourisme ne vienne pas se heurter aux enjeux environnementaux. L’offre de mobilités douces est un enjeu très important pour améliorer les flux dans la ville, par exemple les déplacements des touristes d’affaires entre leur point d’arrivée et leur hôtel ou leur lieu de séminaire. Il y a aussi une proximité entre ces lieux à travailler. Plus largement, nous sommes en train de finaliser la nouvelle version de la charte des événements éco-responsables qui guidera l’accueil des événements parisiens à l’avenir et, dès 2024, celui des événements sportifs.

Canal Saint Martin.

Dans le cadre de ces déplacements facilités des voyageurs d’affaires, le CDG Express n’arrivera qu’après les JO, à l’horizon 2027. Est-ce quelque chose d’important pour la Ville de Paris ?

Pierre Rabadan – Tout ce qui facilitera les connexions entre l’aéroport et le centre de Paris et rendra meilleure l’expérience des touristes est important. Le CDG Express le fera sans doute. Ça a mis beaucoup de temps, ça a amené beaucoup d’échanges. La question s’est posée d’investir pleinement dans un RER B performant, avec une meilleure capacité et surtout moins d’incidents au quotidien, plutôt que de développer le CDG Express. Maintenant que le débat a eu lieu et que les choix ont été faits, je pense que ça va être très bien. Le coût du trajet sera important, 24€ si je ne me trompe pas, mais avec une efficacité qu’on espère maximale. En parallèle, la ligne 14, dont le prolongement entre l’aéroport d’Orly et la gare de Saint-Denis Pleyel sera terminé pour les Jeux, va là aussi améliorer les choses et faciliter les connexions entre les gares et les aéroports.

L’organisation des JO démontre, s’il le fallait encore, la capacité de la capitale française à organiser des événements de grande ampleur. Longtemps première au classement ICCA, Paris était troisième en 2023. Retrouver ce rang de première destination de congrès dans le monde est-il une ambition ?

Pierre Rabadan – La ville entend tracer une ligne qui renforce le tourisme d’affaires et faire revenir la destination au niveau qui était le sien. C’est-à-dire en haut du podium, pour faire un parallèle avec le sport. Cependant, notre ambition n’est pas uniquement de retrouver la première place, mais surtout d’y rester sur la durée.

Quel sera l’héritage des Jeux Olympiques en ce qui concerne le tourisme en général, et les voyageurs d’affaires et congressistes en particulier ?

Pierre Rabadan – L’accessibilité en fait naturellement partie, de même que la capacité à conserver une offre de transports élevée au quotidien. Je pense aussi à la transformation du quartier de la porte de la Chapelle ou à la baignade dans la Seine avec trois sites prévus dès l’été 2025. Pour faciliter les déplacements en vélo entre deux sites olympiques, nous allons aussi mettre en place des parkings surveillés, une solution de garde qui, je l’espère, se poursuivra bien au-delà. Quant au tourisme d’affaires, de nouveaux lieux vont connaître une utilisation touristique pendant l’événement. Autant de tests qui, s’ils s’avèrent concluants, pourraient donner l’idée à certains de développer l’accueil de groupes, ce qu’ils ne font pas forcément aujourd’hui.

Parmi ces lieux, lesquels avez-vous en tête ?

Pierre Rabadan – Il y en a tellement. Des péniches et des bateaux en bord de Seine, des hôtels et de grands pavillons en lisière de bois, de nouveaux lieux dans Paris ou encore des musées comme le palais Galliera qui est connu comme musée, moins comme un lieu d’accueil, alors qu’il est à mon sens exceptionnel. Tous ces lieux sont aujourd’hui mis à disposition sur notre plate-forme bienvenue2024.paris.fr ou ceux exploités par le comité d’organisation via sa filiale de commercialisation On Location. Ces plateformes sont faites pour montrer la diversité de la culture et du patrimoine parisien. L’enjeu est de valoriser ces lieux qui ne sont pas les plus connus, mais de qualité intéressante et qui dépassent l’expérience du Paris carte postale.