Interview : Ludovic Froidure, Directeur Général France, Scandinavie, Pays baltes, Korean Air

Alors que la Corée du Sud occupe le haut de l'affiche à l'occasion des Jeux Olympiques de Pyeongchang, Ludovic Froidure, Directeur Général France, Scandinavie et Pays baltes de Korean Air, fait un point sur l'offre de la compagnie et sa position sur le marché français. Propos recueillis par Florian Guillemin.
Ludovic Froidure
Ludovic Froidure, Directeur Général France, Scandinavie, Pays baltes de Korean Air

La Corée du Sud est actuellement sous le feu des projecteurs, avec le Jeux Olympiques d’hiver. Comment Korean Air s’inscrit-elle dans cette épopée olympique ?

Ludovic Froidure – C’est effectivement un événement majeur. Notre CEO était d’ailleurs président du comité olympique coréen. Nous avons lancé de nouveaux vols entre Séoul et l’aéroport de Yangyang, pour faciliter l’accès aux épreuves. Nous avons eu le plaisir d’accueillir de nombreux groupes de sportifs, de sponsors.. Ces JO connaissent un véritable succès populaire, et nous espérons que cela va contribuer à la popularité de la Corée en tant que destination hivernale.

Vous comptez donc sur un « effet JO »…

L. F. – Il faut reconnaître qu’en période de gros événements sportifs, le monde des affaires a souvent tendance à limiter ses déplacements professionnels. Mais le marché est porteur, et nous espérons que les Jeux Olympiques, puis les Jeux paralympiques, vont contribué à la dynamique et créer l’envie d’aller en Corée. C’est un beau pays, qui ne se limite pas à Séoul : il y a beaucoup d’autres destinations à découvrir. Il nous faut maintenant entretenir la flamme

L’autre actualité concerne le nouveau Terminal inauguré à Séoul. Quel est l’impact de ce déménagement au sein du T2 pour Korean Air ?

L. F. – Face à la croissance du nombre de passagers, il devenait urgent d’ouvrir un nouveau terminal à Séoul. C’est fait, et Korean Air a effectivement emménagé le 18 janvier dernier dans ce tout nouveau Terminal 2, avec trois de ses partenaires : Delta, Air France et KLM. A terme, le projet du nouveau terminal prévoit une deuxième phase d’extension, qui nous permettra d’accueillir nos autres partenaires Skyteam. Il s’agit d’un investissement de 4,5 milliards de dollars. La capacité totale de l’aéroport atteindra 72 millions de passagers par an.

temps d’attente minimum, confort maximum

En quoi le parcours voyageur est-il modifié ?

L. F. – Au sein du nouveau terminal, une zone est dédiée aux passagers premium de Korean Air, les classes affaires et Première, ce qui n’existait pas jusqu’à présent. Un autre espace est dédié aux groupes, et une troisième zone est consacrée aux passagers de classe économique. Les voyageurs de Première classe arrivent sur un point unique qui peut accueillir jusqu’à trente personnes, et qui s’apparente à une conciergerie : les passagers y font leur enregistrement, ils peuvent prendre un café tout en s’occupant de leur formulaire d’immigration. Nous souhaitons garantir un temps d’attente minimum, avec un confort maximum. Ces passagers accèdent ensuite à un salon doté d’espaces privatisables, car il s’agit aussi d’un lieu de travail et de réunions. Deux autres salons sont dédiés à la classe affaires, dotés respectivement de 400 et de 200 places. Nous n’oublions pas pour autant la classe économique, qui peut accéder à des salons de transits, des espaces au calme où sont fournis des kits de sommeil. Toujours au niveau du service, les voyageurs peuvent profiter de notre vestiaire ouvert 24h/24, pour y déposer leurs affaires d’hiver à Séoul, et les récupérer au moment du retour. Enfin, le nouveau terminal est doté d’infrastructures modernes, avec des bornes de déposes bagages et un système d’acheminement accéléré pour accélérer le temps de parcours des voyageurs. En moyenne, le temps de parcours est diminué de 20 minutes.

Korean Air
Le salon Première classe de Korean Air inauguré au sein du nouveau Terminal 2, à Séoul

Comment évolue la demande sur l’axe Paris-Séoul ?

Ludovic Froidure – Chaque année, quelque 100 000 personnes voyagent entre la France et la Corée, toutes compagnies confondues. La période post-attentats a été très difficile, marquée par une forte baisse, mais nous avons à nouveau dépassé l’an dernier les niveaux de 2015. Les Coréens et les Japonais – car nous desservons pas moins de 16 destinations au Japon – sont au rendez-vous.

Quel est le profil de votre clientèle sur cette ligne ?

L. F. – Les Coréens constituent les deux tiers de la demande au sein de notre compagnie sur cette route CDG-Seoul, qui est marquée par sa saisonnalité : en août, le nombre de passagers est deux fois plus important qu’en janvier, toutes compagnies confondues. C’est pourquoi les compagnies adaptent leur flotte. La moitié des voyageurs est en correspondance via Séoul vers une destination finale au-delà de la Corée. Notre classe affaires affiche un taux de remplissage de 70% entre les deux aéroports.

Quels sont les chiffres à retenir de l’année écoulée au niveau global ?

L. F. – Toutes destinations confondues, Korean Air affiche un taux de remplissage de 80% à l’échelle mondiale. Nos résultats sont en croissance pour 2017 : le chiffre d’affaires a augmenté de 3%, en ligne avec la croissance mondiale, et avec l’augmentation du nombre de sièges. Nous tablons d’ailleurs sur la même hypothèse de croissance pour 2018. Le dernier trimestre 2017 a été marqué par une nette augmentation de la demande. Cela s’explique notamment par la levée des restrictions diplomatiques entre la Chine et la Corée, qui faisait suite à l’installation d’un système de protection anti-missile. Le nombre de touristes internationaux en Corée a reculé de 25%, et la baisse a atteint 50% chez les voyageurs chinois. C’est rentré dans l’ordre depuis, et le nombre de sièges proposés vers la Chine est en hausse de 15% en 2018. Les Chinois sont les premiers touristes en Corée, c’est donc crucial.

fiers d’augmenter nos programmes de vols sur l’Europe

Comment évolue la présence de Korean Air sur le marché européen ?

L. F. – Nous relions 13 pays en Europe. Les aéroports de Francfort, Londres et Paris sont desservis quotidiennement, tout comme Rome depuis peu. En parallèle, nous renforçons notre programme vers plusieurs européennes, à la fois en termes de fréquence et de capacités. C’est le cas notamment à Prague, Vienne, Amsterdam, Madrid ou encore Barcelone. La demande suit, et nous sommes fiers d’augmenter ainsi nos programmes de vols. Sur l’Europe, la capacité est en hausse de 5% en 2018. Nous espérons que le revenu suivra la même augmentation.

Quel regard portez-vous sur la montée en puissance du low-cost long-courrier ? Est-ce une menace potentielle sur l’axe Paris-Séoul ?

Ludovic Froidure – Le succès de ces compagnies repose sur la rotation optimisée des appareils. Or le temps de vol entre la France et la Corée atteint tout de même 11h : il est difficile, dès lors, de proposer un service minimum, sans repas, avec un espace réduit pour les jambes… Cet axe n’est pas à l’abri pour autant, comme beaucoup d’autres. Heureusement, les compagnies traditionnelles ne restent pas les bras croisés, et les prix ont beaucoup baissé.

Mais Air France se refuse à se lancer dans le low-cost long-courrier…

L. F. – Il y a Joon, il y a Transavia, il  y a aussi la réalité sociale… Mais la nature a horreur du vide : si Air France n’y va pas, d’autres concurrents iront. C’est également valable pour nous en Corée, où les low-costs ont pris 30% du marché.

Quelles sont les relations entre Korean Air et Air France, justement ?

L. F. – C’est une forme de « cooptition » : un mélange de coopération et de compétition… Ne disposant pas de l’antitrust immunity, nous ne pouvons pas discuter au niveau commercial. Mais nous avons le droit de travailler intelligemment entre membres Skyteam. Nous nous échangeons un certain nombre de sièges. Le passager a donc le choix, et c’est notre force : deux options horaires, proposées au sein de la même alliance, avec les atouts liés aux programmes de fidélisation, aux salons. Tout cela nous permet d’offrir un très bon produit aux voyageurs d’affaires.

Où en est le projet de joint-venture annoncé avec Delta ?

Ludovic Froidure – Nous sommes en pourparlers pour débuter cette joint-venture à partir de cet été. Les autorités américaines ont validé le projet, nous attendons maintenant la bénédiction des autorités coréennes. C’est un pas important car aucune compagnie coréenne n’avait initié un tel projet de joint-venture jusqu’ici.

CS 300
Un nouvel appareil a rejoint la flotte Korean Air : le Bombardier CS 300

Y a-t-il du nouveau dans la flotte Korean Air ?

L. F. – Nous totalisons aujourd’hui 176 appareils, essentiellement des Airbus et des Boeing. Mais un petit nouveau a fait son récemment apparition : nous avons reçu deux Bombardier CS 300, huit autres appareils arriveront cette année. Nous avons été la première compagnie asiatique à l’accueillir. Les premiers pas sur le réseau domestique sont très satisfaisants, et nous allons donc le déployer sur le Japon et la Chine. C’est un appareil qui garantit un haut niveau de confort aux passagers, et qui consomme moins de carburant. C’est donc à la fois important pour le respect de l’environnement, mais aussi en termes d’efficacité opérationnelle. Sa capacité est mieux adaptée à certaines destinations, et il nous permettra donc d’assurer plus de fréquences tout en étant rentable.

Quid du wi-fi en vol ?

L. F. – C’est un sujet difficile… Avec Samsung et LG la Corée est logiquement en première ligne, et 5G est d’ailleurs en test à l’occasion des Jeux Olympiques. Le groupe Hanjin, dont Korean Air fait partie, dispose également d’une compagnie low-cost, Jinair, qui propose le wi-fi car ses appareils ont été aménagés dès le début. C’est plus complexe pour Korean Air. L’installation d’un tel système demande du temps, et la technologie évolue si vite !