
Quels sont les éléments à retenir du rapport Air Transport IT Insights 2021 publié par SITA ?
Sergio Colella – Ce rapport montre que le Covid joue un rôle d’accélérateur de la digitalisation. On le voit dans notre vie courante, et forcément dans le secteur du transport aérien. Depuis bientôt dix ans, nous interrogeons des directeurs de systèmes d’information et des directeurs technologiques de compagnies aériennes et d’aéroports dans plus de 40 pays pour avoir une visibilité globale par rapport à la tendance de leurs investissements. La première bonne nouvelle, c’est qu’une grande majorité des compagnies aériennes (84%) et des aéroports...
Quels sont les éléments à retenir du rapport Air Transport IT Insights 2021 publié par SITA ?
Sergio Colella – Ce rapport montre que le Covid joue un rôle d’accélérateur de la digitalisation. On le voit dans notre vie courante, et forcément dans le secteur du transport aérien. Depuis bientôt dix ans, nous interrogeons des directeurs de systèmes d’information et des directeurs technologiques de compagnies aériennes et d’aéroports dans plus de 40 pays pour avoir une visibilité globale par rapport à la tendance de leurs investissements. La première bonne nouvelle, c’est qu’une grande majorité des compagnies aériennes (84%) et des aéroports (81%) prévoient de dépenser autant voire plus en 2022 par rapport à 2021. Trois tendances se dégagent de ces investissements : l’automatisation du traitement des passagers, la couverture de tous les process de vérification liés à la santé, et la réduction de l’empreinte CO2. Cette dernière tendance est particulièrement forte en Europe. Concernant l’automatisation du traitement des passagers, les trois quarts des compagnies et des aéroports prévoient d’investir sur des solutions biométriques de gestion des identités.
Ce besoin d’investissement est-il compatible avec la situation économique des acteurs de l’aérien, fragilisés par ces deux années de crise ?
Sergio Colella – Les pertes ont effectivement été abyssales en 2020 et 2021 pour le secteur aérien. IATA considère que lorsqu’on additionne toutes les pertes des compagnies aériennes et des aéroports au niveau mondial on atteint environ 200 milliards de dollars en deux ans. C’est du jamais vu. Néanmoins, il faut considérer que ces investissements sont des catalyseurs d’économies d’échelle, de fluidification de l’expérience voyageur, de réduction des tâches à faible valeur ajoutée… Tous les contrôles liés à la santé, aux certificats vaccinaux, ont réduit la capacité réelle des aéroports dans le traitement des passagers de l’ordre de 35 à 40%. Dès lors, tout se passe comme si les aéroports avaient rétréci. Automatiser permet de fluidifier, d’éviter de longues files d’attente et une mauvaise expérience. Dans l’ensemble, malgré les difficultés, nos clients réorientent donc leurs investissements vers la digitalisation. C’est un moyen de sortir de la crise par le haut, de faire en sorte que l’expérience du passager reste agréable.
Reste-t-il une capacité d’investissement sur le plan environnemental ?
Sergio Colella – C’est un sujet particulièrement important en Europe. A l’occasion de la COP 26, IATA a fixé un objectif très fort : à l’horizon 2050, le transport aérien se doit d’être neutre en termes d’empreinte carbone. Il y a beaucoup de chemin à faire. Le transport aérien représente entre 2 et 3 % de la consommation de CO2 au niveau mondial. Ce que l’on ne sait pas, c’est que cette consommation par km passager a baissé de moitié en 30 ans. Le problème, c’est que dans le même temps le nombre de passagers a explosé… Il y a donc aujourd’hui un plan ambitieux d’investissement dans le développement durable. Notre étude en atteste : les compagnies aériennes en ont fait une priorité.
Comment agir concrètement ?
Sergio Colella – La réduction de l’empreinte carbone dans le secteur aérien repose sur trois axes principaux. Il s’agit d’abord de faire voler des avions de plus en plus modernes. D’une génération à l’autre, les avions réduisent leur consommation, comme le montrent les dernières versions d’Airbus A350 ou de Boeing 787, qui affichent des consommations intrinsèques significativement plus basses. On considère qu’un tiers des économies de CO2 à l’horizon 2050 viendra de ces améliorations. Le deuxième axe, c’est le recours au carburant durable (Sustainable Aviation Fuel, SAF) qui permettra d’ici 2050 de réduire environ d’un tiers les émissions de CO2. Il y a aussi un élément dont on ne parle pas assez, et sur lequel on peut avoir un impact très rapide, c’est l’amélioration de la gestion du trafic aérien et l’optimisation des routes des avions. Si l’on optimise le taxi time, le temps de roulage sur le tarmac, les phases de montée et de descente, on peut réduite les émissions de 10%. SITA investit énormément sur ce sujet, et nous avons d’ailleurs racheté une brillante start-up française baptisée Safety Line, qui a développé grâce au big data des logiciels très pointus pour optimiser toutes ces phases. 5% du kérosène est consommé dans des phases de roulage sur la piste. Un avion est fait pour voler en altitude, pas pour rouler sur le tarmac. Sur un vol court-courrier par exemple les deux tiers de la consommation sont liés au taxi time et aux phases de montée et de descente.
la reprise du trafic affaires demandera beaucoup plus de temps
La réduction des émissions de CO2 pourrait-elle aussi s’appuyer sur une baisse durable des déplacements professionnels, par considération environnementale ou suite à « l’effet visio » ?
Sergio Colella – Les données montrent que dès que l’on libère un peu les contraintes liées à la pandémie le trafic loisirs repart avec une élasticité impressionnante. Il n’en va pas de même du trafic affaires, même si l’on voit quelques salons et événements se tenir. Je pense que la reprise du trafic affaires demandera beaucoup plus de temps pour revenir aux niveaux d’avant Covid, d’autant que les entreprises voient l’intérêt d’optimiser ces coûts. Il faut que le secteur aérien soit prêt à accepter qu’une fois la crise passée le profil des voyages soit structurellement différent. Il sera probablement plus hétérogène, avec plus de trajets de point à point. Les acteurs du marché qui survivront ne seront pas les plus grands, mais ceux qui s’adapteront le mieux. L’intermodalité va aussi intervenir davantage. On devra être intelligent pour se connecter efficacement avec le rail, les croisières, le bus, voire demain l’urban air mobility pour le dernier kilomètre.
le Covid 19 aura un impact pérenne sur les procédures de contrôles sanitaires
En tant que voyageur fréquent, comment décririez-vous l’expérience passager en 2022 ?
Sergio Colella – Ce qui est marquant dans mon expérience personnelle, c’est de voir des aéroports vides, ou du moins avec un niveau d’utilisation limité à 60% dans l’ensemble. On voit encore beaucoup de contrôles manuels du pass vaccinal. De la même manière que les attentats du 11 septembre ont eu un impact majeur sur les procédures de contrôles de sécurité, le Covid 19 aura un impact pérenne sur les procédures de contrôles sanitaires, car il y aura d’autres situations problématiques, moins graves je l’espère. C’est pourquoi SITA investit en ce sens, avec la volonté que les certificats de santé soient à portée de clic. On peut – et on doit – faire en sorte que l’expérience voyageur reste fluide, agréable. Il est fondamental de donner le contrôle au passager, a fortiori pour les nouvelles générations qui sont toujours plus connectées. Il faut que le smartphone soit la télécommande du voyage, et centralise toutes les informations.
Pourrait-on se diriger vers un programme de type « trusted travelers », avec lequel les voyageurs d’affaires très fréquents accepteraient de partager beaucoup d’informations personnelles pour accélérer significativement les contrôles en aéroport ?
Sergio Colella – Grâce à la législation européenne, et notamment au RGPD, tout est extrêmement encadré en ce qui concerne la protection des données personnelles. L’objet n’est donc pas, pour le voyageur fréquent, de faire une croix sur ses données privées. Nous avons mis en place un programme entre Star Alliance, NEC et SITA permettant à ces frequent flyers de passer tous les contrôles de manière biométrique. De la même manière que l’on accepte aujourd’hui souvent de déverrouiller son smartphone de manière biométrique, ou pour faire une opération bancaire.
au-delà du transport aérien, SITA veut s’ouvrir à l’intermodalité avec des solutions adaptables à d’autres secteurs d’activité
Dans quelle mesure la crise a-t-elle modifié le positionnement, les priorités de SITA ? L’entreprise est-elle la même qu’il y a deux ans ?
Sergio Colella – Non, nous ne sommes pas les mêmes. Nous sommes dédiés au transport aérien, nous avons donc souffert aux côtés de nos clients. Le vrai changement a porté sur l’accélération des besoins. Des tendances que l’on voyait poindre on été accélérées, et nous accélérons donc nos investissements. Notre santé financière a bien résisté malgré la crise et les éléments liés au développement durable sont devenus cruciaux. D’ailleurs, SITA est devenu neutre en émissions carbone en 2021. En outre, au-delà du transport aérien, SITA veut s’ouvrir à l’intermodalité avec des solutions adaptables à d’autres secteurs d’activité, pour le transport non-aérien, par exemple le contrôle aux frontières dans le domaine maritime ou ferroviaire. Nous équipons de kiosques les passages frontières de l’Eurostar entre Paris et Londres. Nous sommes toujours dédiés au transport aérien, mais nous ne nous interdisons pas d’assurer l’intermodalité avec une vision plus large du transport.
Quelles sont les bonnes résolutions de SITA pour 2022 ?
Sergio Colella – Servir au mieux nos clients, auxquels nous appartenons, il faut le rappeler. Il s’agit d’aider le secteur à se relever de manière efficace de cette crise. Nous pensons que 2022 sera l’année de sortie de cette crise, et il faut donc nous retrousser les manches pour remettre tout en fonctionnement. Il s’agira aussi d’aider nos clients à faire plus avec moins : réduire les coûts d’exploitation, optimiser l’utilisation des actifs, opérer de manière plus efficace économiquement. Enfin, notre priorité sera aussi d’apporter les innovations qui changent l’expérience de nos clients et du passager. Nous sommes de plus en pertinents parce que nous investissons sur les bonnes technologies, qui ont un impact réel sur l’expérience voyageur, la consommation de CO2, la qualité des connexions et des télécommunications que nous fournissons à nos clients. Globalement, il s’agira donc pour SITA de continuer à être un moteur d’innovation.



















