Interview : Julien Lesaicherre, Directeur mondial des ventes, Workplace by Facebook

La généralisation du télétravail liée au confinement a dopé le taux d'utilisation des outils de collaboration à distance, comme les messageries d'entreprise ou la visioconférence. Julien Lesaicherre, Directeur mondial des ventes de Workplace by Facebook, décrypte ces nouveaux usages.

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Julien Lesaicherre, Directeur mondial des ventes de Workplace by Facebook

Parvenez-vous déjà à chiffrer l’effet Covid-19, en termes d’utilisation de Workplace by Facebook ?

Julien Lesaicherre – Nous n’avons pas de chiffres relatifs à l’effet Covid-19 mais ce qui est évident c’est que nous comptons beaucoup de demandes de clients, et que nos équipes travaillent 7 jours sur 7, 24 heures sur 24. Avec la majorité des Français qui se sont retrouvés à télétravailler du jour au lendemain à l’annonce du confinement, un grand nombre de nos clients ont donc dû subitement adopter le télétravail dans l’urgence et à grande échelle. Le besoin pour les employés d’être connectés, d’être informés, de partager et de pouvoir travailler depuis les endroits les plus inattendus n’a jamais été aussi fort. et cela encore plus pour les employés de terrain qui, ne disposant pas de courrier électronique, de bureau, d’ordinateur ou encore d’intranet, sont souvent les plus déconnectés. Les entreprises ont réalisé qu’il est essentiel de communiquer en direct avec tous leurs employés, où qu’ils soient. Dans des périodes d’incertitude comme celle-ci, la communication est essentielle pour aider les entreprises à protéger leurs employés, à faire face à l’imprévisible et à préserver un sentiment d’appartenance.

Les salariés et leurs entreprises ont-ils recours à des fonctionnalités spécifiques, différentes d’une période normale ?

Julien Lesaicherre – L’utilisation de l’outil reste la même en temps de télétravail. L’outil ne change pas. Mais il est vrai que certaines fonctionnalités comme la discussion instantanée et la fonction live vidéo sont plus utilisées que d’autres en cette période, et ce pour garder un maximum de lien possible avec son organisation. La direction de Danone utilise d’ailleurs la vidéo régulièrement pour diffuser des informations. Cela leur permet de communiquer auprès de leurs collaborateurs étrangers, avec un sous-titrage adapté à la langue et réalisé en temps réel. Nous avons notamment vu beaucoup d’initiatives se mettre en place, telles que la création de groupes ouverts permettant de fournir une source unique pour les mises à jour quotidiennes et les recommandations de sécurité. Les entreprises ont également recours aux groupes multi-entreprises afin d’étendre les capacités de travail à distance à tous les partenaires et clients.

L’outil pourrait-il se nourrir de cette expérience, pour intégrer des améliorations qui sont apparues à cause de ce contexte particulier ?

Julien Lesaicherre – Nous proposons actuellement plusieurs intégrations qui permettent aux organisations de créer des bots qui répondent à leurs besoins spécifiques. Par exemple, la compagnie aérienne Scoot Airlines, basée à Singapour, utilise le Chat sur le lieu de travail en combinaison avec Prepp pour envoyer des enquêtes quotidiennes via le bot afin de sélectionner le personnel occupant des postes à haut risque et voyageant dans des pays spécifiques. Dans leurs messages, ils vérifient le bien-être du personnel, avec un taux de réponse de près de 100 % chaque jour. Nous sommes constamment à l’écoute de nos clients et les accompagnons dans le développement de l’outil afin d’en tirer les meilleurs résultats. Par exemple, nous avons entendu le besoin et la nécessité pour les services d’urgences d’être connectés en cette période de crise, et leur avons donc récemment mis à disposition le service Workplace Advanced de manière gratuite, pour une durée d’un an.

Comment la plateforme Workplace a-t-elle évolué depuis son lancement, et quels sont les axes de développement ?

Julien Lesaicherre – La déclinaison de Facebook pour le travail est disponible depuis octobre 2016. Initialement appelée Facebook at Work, elle avait été rebaptisée Workplace by Facebook afin de mieux coller à la philosophie du produit. Presque trois ans jour pour jour après notre lancement, nous atteignions la barre des trois millions d’utilisateurs payants, soit un million de plus en huit mois. Aujourd’hui également, nous comptons plus de 150 entreprises de plus de 10 000 employés qui se connectent et collaborent sur Workplace. L’année dernière, nous avons également affiné notre offre afin de permettre aux organisations de choisir les fonctionnalités et le niveau d’assistance dont elles ont besoin. Nous aidons les entreprises à prévoir les coûts, et facilitons la connexion entre les employés sur le terrain et le reste de l’entreprise. Nous sommes constamment à l’écoute de nos clients pour connaître leurs réactions et déployons de nouvelles fonctionnalités très régulièrement, toujours avec le même objectif : connecter tous les membres d’une entreprise, y compris les travailleurs sur le terrain. Notre feuille de route est axée sur la communication, la collaboration et la culture, et nous souhaitons continuer à nous améliorer en faveur de ces trois priorités, notamment en continuant de mettre à profit l’intelligence artificielle et la croissance que connaît la consommation de la vidéo en ligne.

Workplace s’intègre-t-il avec d’autres outils de la sphère professionnelle ?

Julien Lesaicherre – Bien sûr. Workplace se connecte aux outils classiques d’entreprise afin que les équipes puissent travailler plus rapidement. Notre annuaire croissant d’intégrations, comprenant notamment Office 365 ou G Suite, permet de partager, de rester au fait des évolutions et de simplifier les processus. Certaines intégrations étendent les fonctionnalités de l’éditeur Workplace au web et aux appareils mobiles pour permettre aux utilisateurs de partager plus facilement le contenu d’autres outils et services. D’autres intégrations permettent à Workplace de générer un aperçu sécurisé des liens privés partagés sur Workplace. Les intégrations qui activent des bots dans Workplace Chat peuvent envoyer des notifications urgentes, par exemple, lorsqu’un visiteur attend à l’accueil, et permettent d’automatiser des tâches courantes, comme la vérification de stock, les demandes de congés ou encore l’enregistrement de dépenses. Il est également possible d’activer une option pour que le contenu de nombreux éditeurs de média soit automatiquement publié dans un groupe, ou configurer un flux personnalisé depuis un outil ou un service qui prend en charge les flux RSS ou Atom.

Les responsables voyages peuvent être impliqués dans les discussions avec Workplace pour garder le lien avec les voyageurs, voire assurer la communication en cas de crise

Qui sont vos interlocuteurs au sein de l’entreprise ? Qui gère le « dossier » Workplace, avec quels objectifs, et selon quels critères de choix par rapport à d’autres outils comme Slack ?

Julien Lesaicherre – Cela dépend des entreprises et de leur taille. Evidemment, le patron doit être associé au projet. Mais la plupart du temps, le déploiement est porté par les directeurs des ressources humaines, de la communication ou de l’IT, avec qui nous sommes en contact régulièrement. Les responsables voyages peuvent également être impliqués dans les discussions avec Workplace pour garder le lien avec les voyageurs, voire assurer la communication en cas de crise type tremblement de terre, attentats, crise sanitaire, etc. En général, lorsque nos clients se tournent vers Workplace, c’est qu’ils souhaitent mettre en place un outil qui va au-delà du simple réseau social d’entreprise. Ils recherchent en général un lieu de connexion entre tous les outils qu’ils utilisent au quotidien, permettant à tous les employés, y compris les travailleurs sur le terrain, de partager des idées, de réfléchir et de réaliser davantage ensemble. Beaucoup d’entreprises utilisent notre outil en complément d’autres solutions, qui ont des vocations différentes.

En quoi Workplace peut-il répondre aux besoins des voyageurs d’affaires et des responsables voyages ?

Julien Lesaicherre – Workplace est pensé pour le mobile, ce qui permet aux employés d’accéder aux personnes et aux informations dont ils ont besoin, qu’ils soient au siège de l’entreprise ou sur le terrain, par exemple en voyage d’affaires. Une grande partie de nos clients, de par leur taille, connaissent une disparité géographique importante. C’est par exemple le cas de Club Med, de Disneyland Paris, ou de Transavia. On sait aussi que la moitié des employés de Danone travaille au sein du siège à Paris, l’autre moitié dans des usines ou dans des magasins. Et lorsque l’on sait que seulement 16 % des employés sur le terrain sont convaincus qu’ils ont une voix au sein de leur organisation, on se rend compte que le partage du même outil par tous les collaborateurs est d’autant plus nécessaire. Ainsi, pour les livreurs, les agents de fabrication dans une usine, les vendeurs en magasin ou encore les commerciaux itinérants, l’utilisation d’outils de messagerie instantanée, ou mieux, la vidéoconférence, sont d’excellents moyens de communiquer. Les dirigeants peuvent par exemple partager leurs réflexions et les enseignements tirés des voyages d’affaires en temps réel avec les employés de retour au bureau.

Des réseaux sociaux ont émergé pour mettre en contact des salariés d’un grand groupe qui se trouvent dans la même destination au même moment, ou faciliter les retours d’expérience. Pourriez-vous aussi explorer cette voie ?

Julien Lesaicherre – Effectivement, ces formes de réseaux sont essentielles pour les voyageurs d’affaires. Sur Workplace, il est tout à fait possible pour eux d’avoir des groupes internes dédiés aux conseils sur la manière d’optimiser l’organisation d’un déplacement professionnel. Les employés qui font des déplacements peuvent également utiliser des groupes multi-entreprises avec les clients ou partenaires qu’ils vont visiter afin de pouvoir partager des informations plus facilement.

La plateforme Workplace a-t-elle l’ambition de se positionner plus fortement sur le segment de la visioconférence ?

Julien Lesaicherre – La vidéo représente un pendant fort de Workplace, et celle-ci constitue un vrai levier nous permettant de mener à bien notre mission : celle de rassembler les gens pour créer une communauté, même au travail. Notre offre vidéo comprend les Live, qui permettent notamment aux dirigeants de prendre la parole auprès de leurs équipes avec des diffusions de vidéos en direct et des avis en temps réel sous la forme de commentaires ou de réactions. Grâce à une application dédiée, les utilisateurs de Workplace peuvent aussi se servir de Portal pour passer des appels vidéo qui peuvent réunir jusqu’à 50 participants. Enfin, nous avons récemment annoncé de nouvelles fonctionnalités concernant les vidéos : le sous-titrage, la traduction automatique dans un choix de 14 langues ou encore la nouvelle architecture accélérant la transmission vidéo.

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A quel point les données personnelles de chaque compte sont-elles reliées à Workplace ? Y a-t-il un lien entre la version grand public et la version pro ?

Julien Lesaicherre – Workplace ressemble effectivement sur de nombreux points à la version Facebook accessible au grand public : événements, fil d’actualité contenant les informations partagées par les membres du réseau, groupes, messagerie… C’est justement notre force : tout le monde sait utiliser notre service, très proche d’un réseau social qui compte lui déjà plus de 2,5 milliards d’utilisateurs. En revanche, étant une start-up SaaS au sein de Facebook, nous avons par conséquent un modèle commercial qui nous appartient et qui est totalement différent. Le compte Workplace de chaque salarié est indépendant de son compte Facebook personnel, les informations sont uniquement relayées dans un réseau défini par l’entreprise, et l’entreprise garde le contrôle et l’accès à l’ensemble des informations partagées.

Justement : comment est-ce que Workplace répond à la problématique de la confidentialité des données, pour laquelle Facebook est pointé du doigt ?

Julien Lesaicherre – Les questions de sécurité et de support sont absolument essentielles pour tout acteur qui prétend faire du logiciel pour les entreprises. Nous avons investi énormément sur cette voie-là, puisque notre entreprise et nos produits respectent les normes de sécurité les plus strictes, qui sont constamment révisées et améliorées. Mais surtout, nous avons prouvé notre fiabilité : le fait que des acteurs tels que Danone, Kering, Astrazeneca, Vodafone, Telefonica, Walmart, Starbucks, aient décidé d’aller sur Workplace et de le déployer sur l’ensemble de leurs collaborateurs permet de mettre un tampon sur le sérieux de notre solution.

Pensez-vous que cette expérience du confinement va transformer durablement le rapport au bureau, en remplaçant le contact humain par un lien virtuel, comme une messagerie d’entreprise ou la visioconférence ?

Julien Lesaicherre – Il y a un vrai besoin de la part des collaborateurs de se sentir engagés, mais il y a également un vrai besoin de la part des dirigeants de pouvoir pousser de l’information auprès de ces derniers. On le voit sur des épisodes tels que le coronavirus : l’information arrive de manière quasi quotidienne, et va impacter la vie des collaborateurs, la vie du business, la vie des partenaires de l’entreprise. On ne parle même pas d’impact sur le chiffre d’affaires, on parle d’impact sur la sécurité même des collaborateurs. Dans cette situation, il est essentiel de savoir comment communiquer. Nous avons vu nos clients mettre au point des innovations remarquables pour soutenir leurs organisations à l’heure actuelle, notamment des robots d’aide sociale et de check-in quotidien, et nous sommes certains que ce genre d’innovations continuera à soutenir les entreprises à l’avenir, quelle que soit la manière dont elles choisissent de travailler. C’est là que l’on voit que l’impact de la digital workplace est de pouvoir connecter l’ensemble des collaborateurs du siège jusque dans les usines, jusque dans les magasins. Ce n’est pas une option, peu importe le contexte.