Interview : Paul Verhagen, Vice-président en charge du marché international, Aeroméxico

Paul Verhagen, vice-président en charge du marché international chez Aeroméxico, était à Londres pour célébrer le 5e anniversaire du vol Mexico-Londres, puis au salon FITUR à Madrid. Il termine sa tournée européenne par Paris, où Aeroméxico lancera bientôt trois nouveaux vols hebdomadaires.

Aeroméxico
Paul Verhagen, Vice-président en charge du marché international, Aeroméxico

Quel bilan tirez-vous de l’année écoulée ?

Paul Verhagen – Pour la première fois de notre histoire – 83 ans tout de même – nous avons franchi le cap des 20 millions de passagers. Plus précisément, nous avons transporté 20,7 millions de voyageurs en 2017, ce qui représente une augmentation de 5 % par rapport à l’année précédente. Avec 13 millions de voyageurs, le trafic domestique reste majoritaire. Mais l’international connaît la plus forte croissance : avec 8 millions de voyageurs, cela représente une augmentation de 14 %, contre 1% de hausse pour le domestique. Ces chiffres correspondent à nos aménagements en termes de capacités. D’ailleurs, nous n’avons pas seulement enregistré le plus important trafic passagers en 2017 : nous avons aussi connu un taux de remplissage record, à 81%. Nous n’avons pas encore présenté nos résultats comptables pour 2017, mais nous pouvons déjà affirmer que l’année écoulée a été rentable, pour la huitième année consécutive. Quant au réseau, il totalise aujourd’hui 93 destinations au Mexique et à l’international, avec huit nouvelles lignes en 2017, dont sept à l’étranger.

Aeroméxico est donc clairement focalisé sur l’international…

P. V. – Nous ne comptons pas délaisser nos lignes domestiques qui restent au cœur de notre activité, mais nous assumons effectivement nos ambitions internationales et nous sommes sur la bonne voie pour parvenir au rang de compagnie globale. La position géographique de notre hub à Mexico City est un atout stratégique majeur à la fois pour la zone Amériques mais aussi pour connecter l’Est et l’Ouest, ce que nous faisons de plus en plus.

passer à deux vols quotidiens entre Paris et Mexico

Que représentent l’Europe et le marché français dans cette stratégie internationale d’Aeroméxico ?

P. V. – Nous volons vers l’Europe depuis une soixantaine d’années : Madrid, puis Paris il y a plus de cinquante ans, et maintenant Londres et Amsterdam, respectivement depuis cinq et deux ans sont nos portes d’entrée sur le marché européen. Nous ne nous contentons pas de lancer de nouvelles lignes, nous travaillons aussi à renforcer la fréquence et la capacité de nos vols. Nous avons récemment mis en place un vol quotidien entre Amsterdam et Mexico, toute l’année. Cela représente une augmentation de 7% de la capacité sur cette ligne. La véritable nouveauté aujourd’hui concerne les aéroports de Madrid et Paris. A Barajas, nous passons à 13 vols hebdomadaires, soit quasiment deux vols quotidiens. A Paris, nous passons à une fréquence de dix vols par semaine cet été, à partir du mois de juillet. L’an dernier, nous avions déjà changé le type d’appareil, en remplaçant le Boeing 787-800 par un Boeing 787-900, ce qui a augmenté la capacité quotidienne de 35 sièges. Et maintenant nous ajoutons donc trois nouveaux vols hebdomadaires, qui seront opérés jusqu’au mois d’octobre. C’est un test, mais nous avons la ferme intention de maintenir la même cadence tout au long de l’année, et même éventuellement de passer à deux vols quotidiens entre Paris et Mexico, soit trois liaisons chaque jour en comptant le vol de notre partenaire Air France.

Avez-vous songé à lancer un vol vers un autre aéroport français ?

P. V. – Ce n’est pas en projet pour l’instant. Nous souhaitons avant tout renforcer notre position à Paris, avec l’ambition de passer prochainement à deux vols quotidiens. Il s’agirait de proposer deux vols complémentaires, l’un arrivant à Mexico à 4h du matin, l’autre vers 19h, ce qui permettra d’étendre l’éventail de connexions possibles depuis notre hub de Mexico. De fait, notre partenariat avec Air France nous permet déjà de servir d’autres aéroports en France ou en Europe.

Quelle est la part de voyageurs d’affaires sur cette ligne Paris-Mexico ?

P. V. – Sur cet axe, 65% des revenus sont générés par la clientèle affaires. C’est donc une composante essentielle.

Prévoyez-vous de nouveaux services au sol ou en vol à destination de cette clientèle ?

P. V. – Nous proposons déjà la meilleure qualité de service en vol grâce à notre avion « star », le Dreamliner 787-900 et la configuration de sa classe affaires : 36 sièges en 1-2-1, garantissant à tous les voyageurs un accès couloir. Le produit est déjà très haut de gamme. Nous proposons aussi aux passagers de la classe Affaires un transfert gratuit en limousine depuis et vers l’aéroport de Paris CDG. Le fait de proposer des vols de nuit à l’aller comme au retour est également un avantage considérable pour les voyageurs d’affaires, qui gagnent ainsi une journée.

La cabine Affaires du Dreamliner 787-900 d’Aeroméxico

Vous avez lancé de nombreux vols vers des aéroports américains au cours des derniers mois : l’effet Trump ne serait finalement pas si négatif sur les relations entre le Mexique et les Etats-Unis… ?

P. V. – Il est difficile de mesurer l’impact de l’élection de Donald Trump, dans la mesure où l’on ne peut pas l’isoler : d’autres événements se sont produits l’an dernier, à commencer par l’accord de ciel ouvert signé entre les Etats-Unis et le Mexique qui lève les limitations en termes de nombre de vols. Nous en avons donc profité pour ouvrir de nouvelles lignes. En parallèle, nous avons mis en place la joint-venture avec Delta sur le trafic entre nos deux pays, et développé les liaisons depuis et vers nos hubs respectifs, notamment Detroit, Atlanta, Salt Lake City et Los Angeles sur le marché américain. La demande vers le Mexique a augmenté sur le marché américain, ce qui s’explique principalement par le taux de change entre le peso mexicain et le dollar US. Cette année, comme en 2017 d’ailleurs, nous allons augmenter notre offre entre le Mexique et les Etats-Unis à hauteur de 20%. Avec Delta, nous proposons aujourd’hui environ un millier de vols chaque semaine entre les deux pays.

Quid du marché asiatique ?

P. V. – La position géographique du Mexique est privilégiée pour relier l’Asie. Nous sommes d’ailleurs le seul transporteur en Amérique latine à pouvoir proposer des vols directs vers ce marché. Nous assurons un vol quotidien vers Tokyo, cinq liaisons hebdomadaires vers Shanghai, et maintenant quatre vols vers Séoul. Nous avons donc doublé notre offre asiatique en un an. Il y a une forte demande affaires sur cet axe entre le Mexique et la Corée grâce aux nombreux échanges liés à l’électronique entre nos deux pays. C’est la raison pour laquelle nous avons choisi de marquer un arrêt à Monterrey sur le vol Mexico-Séoul – l’altitude de Mexico impliquait nécessairement une étape sur le vol aller – car c’est dans cette ville que sont implantées la plupart des entreprises coréennes.

nous allons investir 200 millions de dollars en 2018

Quelles sont vos priorités pour les mois à venir ?

P. V. – Nous allons consolider notre partenariat avec Delta dans le cadre de notre joint-venture entre le Mexique et les Etats-Unis. L’objectif est également de continuer à grandir au niveau global. Nous souhaitons aussi soigner notre offre en termes de services, et dans cette optique notre rapprochement avec Delta est crucial, puisqu’il s’agit objectivement de la meilleure compagnie au monde en termes de fiabilité opérationnelle, de service, et donc de rentabilité. C’est un modèle à suivre. Au total, nous allons investir 200 millions de dollars en 2018 en termes de produit, sans compter les investissements concernant le renforcement de notre flotte : nous recevrons un nouveau Dreamliner au mois de juin prochain, et deux autres d’ici 2020.

Delta détient maintenant 49% d’Aeroméxico. Peut-on imaginer Aeroméxico être absorbée dans une compagnie géante ?

P. V. – Qui sait ? Beaucoup de choses intéressantes se sont produites en 2017, il y a eu différents investissements capitalistiques entre China Eastern, Air France KLM, Virgin Atlantic, Delta, qui ont abouti à un noyau dur de compagnies aériennes partenaires. Est-ce que cela peut donner naissance à une seule et même compagnie ? Je ne le pense pas, au moins pas pour l’instant étant donné la réglementation actuelle. Mais les liens entre ces différents partenaires vont continuer à se renforcer.

Quel regard portez-vous sur les low-costs long-courrier qui se multiplient sur l’axe transatlantique ?

P. V. – Ces transporteurs ne sont pas encore installés au Mexique, mais je pense qu’ils sont amenés à perdurer sur le marché. Cela s’explique notamment par les appareils qui sont maintenant disponibles, en particulier le Boeing 737 Max ou l’A321 : des modèles qui peuvent relier des destinations régionales avec des capacités adaptées. C’est la clé de la performance pour une compagnie comme Norwegian, par exemple. La plus grande erre

ur que pourraient commettre les compagnies traditionnelles serait de négliger ces acteurs low-cost, comme l’ont été les low-cost court-courrier il y a dix ou vingt ans. D’autant que l’on voit de nouvelles tendances émerger, des rapprochements entre compagnies low-cost et transporteurs traditionnels pour alimenter leurs réseaux respectifs. Ce sont donc des compagnies avec lesquelles il va falloir compter dorénavant.

Aeroméxico
La cabine économique du Dreamliner utilisé par Aeroméxico entre Paris et Mexico

Aeroméxico semble aussi accorder une attention particulière aux nouvelles technologies…

P. V. – Nous pouvons maintenant nous appuyer sur un département dédié à l’innovation. Cela fait effectivement partie des tendances sur lesquelles Aeroméxico essaie de se positionner pour faire la différence. Nous ne cherchons pas seulement à être une compagnie globale mais aussi une compagnie innovante, en particulier pour communiquer avec nos clients. Notre site Internet a été totalement repensé l’an dernier. Nous avons été l’une des premières compagnies à nous doter d’un chatbot, et à bord de nos appareils, nos voyageurs peuvent également profiter du partenariat que nous avons conclu avec Netflix.

Quelles seront vos prochains axes d’innovation ?

P. V. – Nous souhaitons améliorer la communication avec les voyageurs via les réseaux sociaux. Nous cherchons aussi à mieux anticiper les habitudes de voyage de nos clients, connaître leurs besoins grâce à la technologie, faire sentir à chaque voyageur qu’il est spécial pour Aeroméxico.

Cette personnalisation va de pair avec la norme NDC, qui est elle-même associée à l’idée d’une surcharge GDS chez certaines compagnies…

P. V. – Nous suivons ce dossier de près, même si pour l’instant nous n’avons pas comme projet de nous engager dans une telle démarche. L’objectif serait avant tout d’offrir un contenu plus riche à nos clients plutôt que de réduire les coûts GDS. Nous avons de très bons accords avec les GDS. Ce qui nous intéresserait avant serait la mise en place d’une offre individualisée, une meilleure distribution des frais ancillaires.

Aeroméxico en chiffres :

  • Plus de 600 vols quotidiens
  • Plus de 80 destinations sur trois continents : 44 au Mexique, 23 aux États-Unis, 15 en Amérique latine, 4 au Canada, 4 en Europe, 3 en Asie
  • +16% de capacité en Europe en 2018
  • Jusqu’à 10 vols hebdomadaires à Paris, soit une augmentation de 39 % de l’offre de sièges par rapport à 2017
  • Jusqu’à 13 vols hebdomadaires vers Madrid
  • Augmentation des capacités vers Londres (27%) et Amsterdam (26%) en 2018