Séminaires : nature inspirante autour de Paris

Sortir de Paris ou de La Défense sans trop s’en éloigner pour autant : l’Île-de-France offre une foule de possibilités pour des séminaires et conventions au grand vert, propices à la déconnexion comme à la créativité.

Un intérieur du XVIIe siècle resté dans son jus, un vaste parc pour se balader : le château des Mesnuls sort les entreprises loin de leur quotidien urbain. © Châteauform’

Des oiseaux qui se chamaillent dans les branches, une brise matinale, quelques brins d’herbe subrepticement coincés entre les pages d’une présentation corporate, et l’esprit qui se met à battre la campagne… Comme elles semblent tout d’un coup très banales, ces salles de séminaires design et créatives, comme on les fait aujourd’hui dans les hôtels des grandes villes. Qu’elles sont loin, les tours de La Défense ! Les vertus apaisantes d’une réunion sur l’herbe restent un must en matière d’événements corporate. “Nous avons reçu récemment une grande société d’assurance. Et toute sa direction, venue des États-Unis, s’est retrouvée sur la pelouse, face au lac, pour des rencontres en speed dating. C’est toujours plus sympa que dans une salle, coincé entre quatre murs blancs, remarque Jean-François Planteblat, directeur du resort Barrière d’Enghien-les-Bains. Quand on arrive ici, on sort de sa zone de confort. On n’est plus dans l’hyper urbain, mais dans un lieu d’exception. Autant de choses propices à la déconnexion, et du même coup à la créativité.”

Un vrai dépaysement aux portes de Paris, puisqu’il faut à peine un quart d’heure de train depuis la gare du Nord pour rejoindre la ville thermale, son casino, ses deux hôtels du groupe Barrière et son Fouquet’s, proche cousin de celui des Champs-Élysées ; mais, et c’est toute la différence, les pieds dans l’eau. “Si l’endroit dégage une vraie sérénité, on retrouve aussi les codes de la ville, ses commerces, précise Jean-François Planteblat. Ce simple fait rassure plus d’un participant.

Déconnexion studieuse

Et c’est comme cela presque partout autour de Paris. Avec, c’est selon, des lieux installés dans la campagne profonde, d’autres posés au bord d’une rivière ou d’autres encore investis dans des bâtiments historiques. Ainsi, le château des Mesnuls, enfoui dans la forêt de Rambouillet ; une demeure classée du XVIIe siècle restée dans son jus, avec ses salons d’époque et ses peintures sur bois exceptionnelles. Un lieu idéal pour une déconnexion studieuse. “Parmi nos clients, beaucoup nous disent tellement gagner en productivité que, finalement, ils rattrapent très vite les jours passés loin de leurs bureaux”, raconte Emmanuelle, qui forme avec son mari Sébastien le couple d’hôtes veillant sur cette Maison du séminaire, une parmi la vingtaine que compte Chateauform’ en Île-de-France.

Qu’elles fassent partie de grands groupes hôteliers ou jouent sur le charme de leur indépendance, la région parisienne offre une myriade d’alternatives aux séminaires urbano-urbains. Chantilly, par exemple, où se mêlent grande histoire et tradition équestre ; Rambouillet aussi, avec sa résidence royale et sa vallée de Chevreuse ; Fontainebleau, ses célèbres rochers et son château où Louis XIII fit son entrée dans le monde et Napoléon Ier ses adieux à la Garde impériale.

Toutes ces destinations, si loin si proches de Paris, se rejoignent facilement depuis les principaux pôles business d’Île-de-France – La Défense, Rueil-Malmaison, Saint-Quentin en Yvelines ou encore Massy Palaiseau – et les grands hubs de transport. Marne-la-Vallée, pôle touristique clé en Europe grâce à la présence de Disneyland Paris, profite de tous ces avantages. “D’une part, on est à moins d’une heure de La Défense avec le RER A, et de l’autre, les participants venant de province ou d’ailleurs bénéficient de la desserte nationale et internationale de la gare TGV comme de la proximité de Roissy, souligne Vanessa Pereira, directrice des ventes MICE du Radisson Blu Marne-la-Vallée. C’est donc un bon compromis pour se retrouver au grand vert.

Plus encore que le parc à thèmes – finalement assez peu utilisé lors des réunions, mais dont la proximité peut séduire pour des prolongations bleisure –, le Radisson Blu joue surtout sur sa situation, posé au milieu d’un parc de huit hectares agrémenté d’un golf neuf trous. Mais, discrétion oblige, “on évite de le mettre en avant, les séminaires pharmaceutiques étant très encadrés côté loisirs, explique Yves Grardel, directeur général de l’hôtel. Dans notre nom, nous avons aussi abandonné toute référence à Disneyland Paris : trop détente aux yeux des organisateurs.

Il eut été dommage, en effet, de limiter toute attractivité sur le segment MICE, dès lors que le lieu, récemment rénové, est taillé pour les grandes conventions, avec 250 chambres et 32 salles de réunions. “Une telle capacité, c’est extrêmement rare en région parisienne”, dit encore Vanessa Pereira. “D’autant que l’établissement est très bien proportionné, surenchérit Yves Grardel. Certains hôtels ont beaucoup de chambres, mais de petites salles plénières, ou alors de vastes espaces de réunions, mais peu de clés. Rien de cela ici. De ce fait, notre point fort est de pouvoir proposer des privatisations de grande ampleur.” L’an dernier, l’hôtel en a organisé une dizaine. Mais, par le passé, un constructeur automobile est allé jusqu’à réserver l’hôtel quatre mois durant, utilisant jusqu’au parking pour installer des tentes éphémères.

Le resort Barrière d’Enghien, avec une offre répartie entre l’Hôtel du Lac et ses 141 chambres auxquelles il faut ajouter les 43 chambres du Grand Hôtel, est tout aussi propice aux grands événements. “Il nous arrive souvent de privatiser les deux établissements. D’ailleurs, nos 184 chambres ne suffisent pas quelquefois, constate Jean-François Planteblat. Nous avons aussi la possibilité de dédier un hôtel à un groupe et l’autre à un autre.” Parmi les habitués, viennent de grandes sociétés bien sûr, mais aussi l’équipe nationale de football dont le Grand Hôtel est l’hébergeur exclusif les veilles de match à Paris.

Comme Le Grand Mello, les Maisons du séminaire de Chateauform’ offrent à tous les participants, mais surtout à ceux venus de loin, le sentiment de revivre un moment d’histoire de France. © Châteauform’
Avec deux hôtels à Enghien, le groupe Barrière peut organiser des privatisations agrémentées d’activités originales en bord de lac. Ici l’hôtel du Lac © Groupe Barrière
Avec deux hôtels à Enghien, le groupe Barrière peut organiser des privatisations agrémentées d’activités originales en bord de lac. Ici l’hôtel du Lac © Groupe Barrière

Entre-soi business

Reste que les hôtels d’Île-de-France accueillent surtout des séminaires de taille assez restreinte, les entreprises profitant d’une unité de lieu pour rassembler leurs équipes sur deux ou trois jours, entre meetings business et activités de team building. “Chantilly n’attire pas de très grands événements, explique Valentin Salas, directeur général de Destination Chantilly. Nous n’avons pas, comme à Deauville, d’établissements gros porteurs, ni de centre de convention, même si c’est un élément aujourd’hui demandé par les hôteliers. De ce fait, les établissements se positionnent sur des manifestations allant de 100 à 200 personnes.

Toujours très courue, la destination joue sur la diversité de son offre avec une dizaine d’hôtels au grand vert allant du trois au cinq étoiles. Mais la raison de son attractivité auprès des organisateurs va bien au-delà. Régates face au château en bateaux dragons – sorte de pirogues chinoises à avirons –, challenges culturels dans ses jardins, olympiades, rallyes en VTT électriques : les possibilités d’incentives y sont infinies. “On peut aussi organiser de très beaux événements, par exemple des dîners de gala dans la grande nef des écuries”, souligne Valentin Salas. Et puis, bien sûr, il y a le prestige lié à la tradition équestre de la ville qui héberge le musée vivant du cheval et accueille chaque année le très chic prix de Diane. “Si les sociétés sont assez réfractaires aux initiations à l’équitation en raison des risques de blessure, en revanche elles peuvent faire du free joering (NDLR : buggy ou rollers tirés par un cheval) ou découvrir les règles du polo”, précise le directeur général de Destination Chantilly, qui met aussi en avant une nouvelle tendance, l’éthologie, l’étude du comportement animal et de la relation homme-cheval sous l’angle du management.

En début d’année, en plus de la reprise du Dolce Chantilly – un grand nom de l’hôtellerie de réunion – par l’enseigne Mercure, l’offre s’est enrichie grâce à l’ouverture d’un Hyatt Regency. Niché au sein d’un parc de 17 hectares traversé par la rivière Nonette, l’hôtel revisite une ancienne usine de papier et dispose de 211 chambres, d’un espace événementiel de 1 500 m2 et d’un vaste spa. “Le lieu est idéal, autant pour le ressourcement le week-end que pour des réunions à la campagne dans un cadre haut de gamme”, décrit Michel Morauw, directeur France du groupe américain.

Convenir à la fois à la clientèle business la semaine et aux citadins en manque de chlorophylle le week-end garantit la présence d’installations propices à la déconnexion et au team building. À une vingtaine de kilomètres de Chantilly, le Domaine des Vanneaux a ouvert ses portes en juillet au cœur du golf de L’Isle-Adam. L’établissement dessiné par Jean-Michel Wilmotte, tout comme le club house du golf dix ans auparavant, compte 67 chambres, cinq salles de réunions dotées de grandes baies vitrées avec vue sur le golf ou le jardin intérieur, mais aussi un restaurant gastronomique, La Plume, et un bar baptisé Le Piaf. “Les oiseaux sont présents partout sur le domaine, et ce sont ces vanneaux qui ont donné leur nom à l’hôtel, remarque Yohan Amiot, vice-président en charge de la gestion de la marque Mgallery, dont l’hôtel fait partie. Tout le ‘storytelling’ du lieu est basé sur cet échange entre l’hôtel et la nature.

Destination phare des événements au grand vert, Chantilly vient d’accueillir un Hyatt Regency, au sein d’une usine de papier réhabilitée. © Hyatt
Destination phare des événements au grand vert, Chantilly vient d’accueillir un Hyatt Regency, au sein d’une usine de papier réhabilitée. © Hyatt
Ni à la campagne, ni en plein Paris, Le Louis, un hôtel MGallery situé à Versailles, joue sur cet entre-deux et s’offre en alternative aux hôtels de la capitale. © Stephan Julliard

Réunion sur l’herbe

La nature… C’est pour fuir les affres du quotidien qu’organisateurs et entreprises se tournent volontiers vers cet écrin verdoyant. “On crée toutes les conditions pour que les participants prennent le temps de réfléchir et d’échanger de manière sereine dans un cadre enchanteur”, explique la directrice du château des Mesnuls. Depuis plus de dix ans, le lieu accueille aussi bien des sociétés du CAC 40 que des entreprises plus petites, pour des comités de direction, des séminaires de cohésion ou des formations. “Lors de notre mot de bienvenue, nous leur racontons l’histoire du château, nous présentons l’équipe qui les accueille comme si elle recevait sa propre famille, et bien sûr le chef et toute sa brigade qui leur concocteront des petits plats à partir de produits locaux, raconte l’hôte du lieu. On leur explique de faire comme chez eux, de se servir, de se balader et de profiter de toutes les activités ; que ce soit les jeux de société, le baby-foot ou le billard en intérieur ou les tables de ping-pong et les terrains de pétanque en extérieur. Ils adorent. Personne ne reste dans sa chambre, d’autant que, selon le concept de Chateauform’, elles n’ont pas de télévision.

Au bout du compte, ceux qui ne s’étaient jamais rencontrés apprennent à se connaître au fil du séjour et nouent des liens forts qui rejailliront sur la qualité de leur travail en commun. “J’aime à penser que les participants repartent en se disant : nous nous rappellerons dans dix ans le séminaire passé à Enghien, avoue Jean-François Planteblat. Et cela pour une combinaison d’éléments : parce qu’ils ont été accueillis sur la pelouse, pour les activités originales organisées sur le lac, et parce qu’au finish, on a bonifié le cahier des charges de l’entreprise en créant une meilleure communication entre les participants. Notre signature maison, c’est le MICE plaisir. On va chercher ce qui est original : une réunion sur l’herbe, une compétition de voiliers ou de pédalos.

Parmi les animations, l’escape game, très populaire auprès du grand public, se fait une place de choix au sein des événements corporate. “C’est très à la mode”, confirme Jean-François Planteblat, du resort Barrière à Enghien. De son côté, le Radisson Blu Marne-La-Vallée propose depuis septembre un jeu développé en interne avec l’aide d’une agence spécialisée. “C’est une sorte de Cluedo revisité où les participants se projettent dans l’hôtel pour résoudre une énigme”, décrit Vanessa Pereira. Emmanuel Schott, directeur du Tiara Château Mont-Royal à Chantilly, expliquait déjà l’an dernier dans ces colonnes, que « ce que demandent principalement les organisateurs, ce sont des choses faciles à mettre en œuvre, directement accessibles depuis l’hôtel. Pour cela, nous avons étoffé notre offre d’un escape game, d’un terrain de pétanque et d’un challenge autour de la crème Chantilly.”

En effet, de plus en plus d’entreprises n’hésitent pas à laisser du vrai temps libre à leurs collaborateurs en dehors des sessions de travail. “Elles ont compris l’importance de ces moments de détente et ajustent leurs agendas pour qu’il n’y ait pas de frustration chez les participants et qu’ils puissent faire du sport ou se balader en parallèle des réunions”, constate l’hôte du château des Mesnuls. Pour pousser plus loin encore la déconnexion, cette Maison de Séminaire de Chateauform’ dispose d’un endroit caché au fond du parc, un ancien cloître du XIIIe réhabilité en centre de bien-être avec piscine, hammam et lits hydromassants.

Car le bien-être s’immisce aujourd’hui dans les événements pour apaiser le stress du quotidien. Aux Étangs de Corot, un quatre étoiles situé à Ville-d’Avray, le spa est par exemple ouvert jusqu’à 21h le jeudi pour permettre de se détendre après une longue journée de réunion. “Les cours de yoga sont très demandés. Je pense à moi, à mon corps, je me ressource avant de travailler”, souligne Jean-François Planteblat.

Malgré tous les bénéfices de ces mises au vert, les entreprises n’ont pas toujours l’envie de sortir de leurs habitudes urbaines. Et pourtant, elles peuvent s’offrir un peu d’évasion sans se départir de leurs priorités business. “À Versailles, à quelques pas du château, le Louis a un côté hôtel de ville, mais éloigné du tumulte de Paris”, remarque Yohan Amiot. Cet ancien Sofitel, puis Pullman, est devenu l’an dernier un MGallery après une rénovation conduite par deux designeuses russes qui ont réinterprété dans l’hôtel l’esprit du Grand Siècle, la moquette du lobby représentant par exemple les jardins à la française dessinés par Le Nôtre. Offrant 150 chambres et huit salles de réunions, l’hôtel profite de sa proximité avec le château, y organisant des visites privées pour ses clients, notamment de salles non ouvertes au public. Ce qui fait toujours son petit effet sur les collaborateurs venus de loin, qui ont ainsi l’occasion d’être plongés dans l’histoire de France.

Dans Paris même, un autre établissement de la collection MGallery, l’Hôtel Molitor, conjugue un côté vert – le bois de Boulogne est tout proche – et le glamour des stations balnéaires avec son immense piscine extérieure, ajoutant même un esprit contemporain avec des œuvres de street artists dans chacune des salles de réunions. “Toutes les chambres sont tournées vers la piscine, décrit Yohan Amiot. Vous avez l’impression d’être loin de Paris, mais à cinq minutes de la station Porte d’Auteuil.” La plage sous les pavés.

Ouvert en juillet, le Domaine des Vanneaux s’inscrit dans le cadre champêtre et verdoyant du golf de L’Isle-Adam. © Willmotte et Associés
Ouvert en juillet, le Domaine des Vanneaux s’inscrit dans le cadre champêtre et verdoyant du golf de L’Isle-Adam. © Willmotte et Associés