Quelles compagnies resteront sur le tarmac au sortir de la crise ?

Le transport aérien s’effondre en raison de la pandémie du Covid-19. Certaines compagnies risquent de ne pas s'en relever si les Etats ne viennent pas à leur rescousse...

Norwegian DR
Norwegian compte parmi les compagnies fragilisées par la crise sanitaire. Mais la liste est de plus en plus longue...

La compagnie britannique Flybe restera dans l’histoire comme la première victime aérienne de l’épidémie de coronavirus, avec sa disparition au début du mois de mars. Malheureusement, il est probable qu’elle ne sera pas la seule. L’association internationale du transport aérien (IATA), les lobbies et autres représentants de cette industrie ne cessent de rappeler que l’aviation est l’une des branches les plus touchées de façon immédiate.

IATA affirme ainsi qu’elle s’attendait à ce que l’industrie aérienne mondiale ait besoin de 150 à 200 milliards de dollars d’aide financière pour survivre à la pandémie. Selon Alexandre de Juniac, Directeur Général de IATA, les pertes du secteur pourraient atteindre 40 milliards de dollars en 2020.

Économiste en chef au sein de IATA, Brian Pearce a souligné que les compagnies aériennes sont à court d’argent, affirmant qu’un transporteur type n’avait en moyenne que deux mois d’argent liquide en réserve.

Si les grandes compagnies aériennes nationales sont probablement assurées de bénéficier du soutien financier de l’Etat – à l’instar d’Alitalia dont le gouvernement vient d’annoncer la renationalisation -, des compagnies comme Asiana et Korean Air en Corée ou encore El Al en Israël sont particulièrement touchées par la fermeture totale de leur espace aérien. Mais elles devraient compter sur l’intervention de leurs gouvernements respectifs. Tout comme Scandinavian Airlines (SAS) ou Tap Air Portugal en Europe ou encore Air India, Malaysia Airlines et Thai Airways International en Asie.

Il existe cependant une inconnue au Moyen-Orient avec le transporteur d’Abu Dhabi, Etihad, en plein redressement et qui est en concurrence ouverte avec Emirates à Dubaï. On a beaucoup parlé d’un rapprochement entre les deux transporteurs, rapprochement démenti régulièrement par les deux protagonistes. Cependant, une telle solution aurait plus que jamais tout son sens, si les gouvernements parviennent à mettre de côté leur fierté nationale naturelle…

Mais quid des transporteurs secondaires ou low-cost ?  Certaines compagnies étaient déjà financièrement très fragiles et on peut raisonnablement penser qu’elles auront du mal à survivre, sauf en cas d’une arrivée massive de fonds. C’était déjà une tendance lourde en Europe où l’on a assisté ces récents mois à la disparition de transporteurs sans que l’Etat ne se porte à leur rescousse : Thomas Cook Airlines et Flybe au Royaume-Uni, Adria Airways en Slovénie ou encore Air Italy.

Aujourd’hui, tous les regards sont tournés vers Norwegian, l’un des plus importants opérateurs aériens en Europe avec notamment une base long-courrier à Paris. Le transporteur se trouve depuis au moins deux ans dans une situation financière fragile et elle est d’après les experts la plus exposée à la chute du trafic. Le transporteur a fermé 85% de ses lignes et congédié 90% de son personnel. Quelque 3 000 vols de la compagnie sont supprimés d’ici juin. Le PDG de la compagnie Jacob Schram a indiqué avoir discuté des modalités de soutien que pourrait apporter le gouvernement norvégien, qui reconnait que la compagnie joue un rôle capital pour le transport aérien dans le pays.

Mais Norwegian se trouve véritablement sur la corde raide. Jacob Schram estimait que la survie de la compagnie se comptait désormais en semaines et non plus en mois. Une solution serait en fait de trouver un repreneur aérien avec les reins solides. IAG s’était déclarée intéressée il y a quelques temps mais la situation liée au coronavirus a changé la donne en fragilisant financièrement les grands transporteurs. On dit qu’IAG n’a guère d’argent dans ses caisses…

En France, le transporteur le plus fragilisé est La Compagnie, dont l’activité se résume à ses vols entre Paris Orly et les Etats-Unis. Avec la fermeture de l’espace aérien américain, la compagnie perd 100% de son trafic. Difficile de survivre sans intervention de l’Etat.

Aux Etats-Unis comme en Chine, la consolidation du transport aérien au cours des dernières années a donné au secteur une meilleure résilience aux effets du coronavirus. Mais d’autres fusions pourraient alors se faire jour. C’est ce qu’a déjà annoncé la Chine qui souhaite démanteler Hainan Airlines et répartir ses actifs entre les trois géants aériens que sont China Southern, China Eastern et Air China. Cette dernière s’est déjà déclarée prête à soutenir financièrement la compagnie Hong Kong Airlines, filiale de HNA – justement le propriétaire de Hainan Airlines.

Aux Etats-Unis, l’administration Trump a promis d’aider ses compagnies aériennes à passer la crise. Les autorités pourraient notamment favoriser de nouvelles fusions et accéder à la requête des transporteurs locaux de mettre sur la table des aides financières de 50 milliards de dollars.

Parmi les compagnies les plus fragilisées, on trouve Jetblue. Dans un communiqué, le transporteur confesse qu’au lieu des 22 millions de dollars mensuels en réservations et services annexes, Jetblue a encaissé en mars moins de 4 millions de dollars par jour en moyenne tout en accordant plus de 20 millions de dollars par jour de crédits aux clients pour des réservations annulées. La compagnie pourrait s’adosser à un autre transporteur US pour préserver son activité.

Autre transporteur en danger réel : Aeromexico dont les fonds disponibles n’atteignaient début mars que 370 millions de dollars et une dette six fois supérieure à ses fonds propres. Par comparaison, Southwest Airlines a des liquidités de 4,1 milliards de dollars et une dette représentant 0,4 fois ses fonds propres…

On peut donc s’attendre à une nouvelle phase de consolidation de l’industrie du transport aérien avec in fine moins de compagnies aériennes et un moindre éparpillement de la concurrence.

En Europe, Airlines for Europe (A4E) et European Regions Airline Association (ERA) ont demandé aux ministres des transports de l’Union européenne d’introduire un « ensemble complet de mesures » afin d’assurer la survie des compagnies aériennes et de favoriser la reprise économique une fois la crise terminée. Elles demandent le report des redevances de contrôle du trafic aérien et des taxes aéronautiques au niveau de l’Union et souhaitent bénéficier d’un soutien direct des fonds de l’UE par le biais de garanties ou de facilités de crédit et du prolongement de la dérogation abolissant les slots jusqu’à la fin octobre avec la mise en place des horaires d’hiver. La présidence de l’UE s’est dite plutôt favorable…

Alitalia en voie de renationalisation

L’agence Reuters annonçait mercredi la renationalisation d’Alitalia par le gouvernement italien alors que ce dernier cherche depuis plusieurs années un repreneur pour le transporteur national, lourdement endetté et sans argent, malgré une injection supplémentaire de 400 millions d’euros décidée par Rome au début de l’année.

Rome, qui souhaitait encore il y a un mois vendre sa compagnie nationale, a modifié ses plans. Selon le quotidien La Repubblica, trois milliards d’euros devraient être mis sur la table par le gouvernement pour aider l’industrie du transport aérien, incluant la renationalisation d’Alitalia. Un projet qui ne devrait pas susciter l’opposition de l’Union européenne alors que la compagnie emploie actuellement 11 000 personnes.